DE LA LANGUE
ou en tombant dans une anomalie que l’usagen’a pas encore sanctionnée. Dans le premier cas,on. accorde qu’il n’est pas permis de déroger àl’usage; dans le second, on conteste le droit depersister dans une anomalie que l’usage n’apoint accréditée : de même qu’on permettrait decorriger le défaut d’un enfant qui s’amuseraità marcher de travers et à imiter l’allure de ceuxqui ont les jambes tortues, et qu’on ne permet-trait pas de remédier au même défaut, qui seserait invétéré par l’habitude. — U. U faudraitdonc conclure de là qu’on cède à une tendressepeu judicieuse, en attachant des éclisses aux ge-noux des enfants, pour corriger les imperfectionsde la nature. Or, on n’a jamais blâmé un méde-cin d’avoir guéri quelqu’un d’urie maladie invé-térée : pourquoi donc blâmerait-on celui qui ré-formerait un vice de langage, accrédité par l’u-sage? — 12. On n’a jamais reproché à Apelle,à Protogène, et autres peintres célèbres, de s’ê-tre écartés de la manière de leurs devanciers,tels que Mycon, Dioris, Arimna : pourquoi re-procherait-on à Aristophane d’avoir préféré lavérité à l’usage?—13. Que si on a fait un titre degloire à des hommes distingués dans la guerreou dans d’autres arts d’avoir souvent dérogé auvieil usage, il faut donc rejeter l’opinion de ceuxqui prétendent que l’usage doit l’emporter sur laraison. — 14. Quoi! non-seulement nous nesouffrons pas, mais encore nous punissons uncitoyen qui a contracté l’habitude d’une con-duite vicieuse; et nous ne corrigerions pas celuiqui a contracté ''habitude d’un langage défec-tueux, d’autant que cette correction n’est ac-compagnée d’aucun châtiment?— 15. Nous en-
oporterc dici, qiiod non sit in consuetudine, alterumnon concrditnr quin itadicatur, ut sit similiter, quom idCariant, ac, si quis puerorinn per delicias pedes male po-nere atqne imitari vatias cœperit, hos corrigi oportere siconcédât; contra si quis in consuetudine amlnilandi jamCactus sit vatia aut compemis, sit en in Corrigi non concédât.— 11. Non sequitur ut stnlte faciant, qui pueris in geni-culis alligent gerperastra, ut eornm depravala corrigantcrura? Cum vituperandus non sit medicus, qui e longin-qua uiala consuelndinc a'grum in mrliorrm tradurat :quare repreliendondus sit, qui orationem minus valentein
propter malamconsueludincmtraducit inmeliorem?—12.
l’ictores A pelles, Protogenes, sic alii artifices egregii nonreprelienduudi, qnod consuclndinem Miconos, Dioris,Arimna;, etiam superiorum non sont secuti; Aristoplia-nes improbandus, qui potius in (piibnsdam verilateniquam consuetudinem secnlus?— 13. Quod si vin sapien-tissimi, et in re militari et in aliis reluis limita contra veterem consiietudinen cum essent nsi, landati : despiciendis 'int qui putiorcm dicmit oportere esse consuetudinem ra-tione— 14 . An quom quis perperain consiierif quid Tacere>" civitaie, non modo patieninr, sed eliain pœna aflicie-nuis -. idem, si quis perporam consnerit dicen; verlmm,non corrigomns, cum id fiat sine pmna?—15. Pt lii, quiimerosin lmiuin mittiint, lit ilisrant qme liCsritint verlia,
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voyons les enfants aux écoles pour apprendrel’orthographe, et nous n’enseignerions pas auxhommes ignorants les règles du langage?
10 . De même qu’une nourrice n’ftte pas brus-quement l’usage du lait à un enfant , mais le dés-habitue peu à peu de cet aliment en l’accoutu-mant par degrés à un aliment plus fort; demême, dans la correction du langage des hom-mes , la transition doit être graduelle et mesurée.Les vices du langage sont peu ou profondémentenracinés. Dans le premier cas, il faut s’em-presser de les corriger; dans le second, il fauts’abstenir, autant que possible, de faire usagedes locutions dont la réforme demande du temps :en s’oblitérant par la désuétude, elles devien-dront ultérieurement plus susceptibles de correc-tion. — 17. Le forum rejette ordinairementcertaines locutions que l’esprit d’analogie veutintroduire; mais alors c'est aux poètes, qui encela ont beaucoup d'influence, et surtout auxpoètes scéniques, d’accoutumer les oreilles dupeuple à ces réformes du langage. Si la déclinai-son de certains mots s’améliore ou se corrompt,c’est aux poètes qu’il faut en attribuer la cause.En effet, l’usage est sujet à la mutabilité, quiest une condition du mouvement, et partantsujet à se corrompre ou à se perfectionner. Quantà l’influence des poètes, elle est telle qu'ils ontnon-seulement accrédité des mots anciens quiétaient défectueux, mais qu’ils ont encore con-tribué à l’altération de mots qui ne l’étaientpas.
18. Suivons donc ceux qui nous rappellent àl’usage, si cet usage est bon; car, en suivantl’usage, nous suivrons aussi l’analogie. Mais si
quemadmodum scribant, idem barbalos, qui ignorabuntverba, quemadmodum oporteat dici, non docebimus, utsciant qunratione conveniat dici?
10. Sed ut mi tri x puerosa lacté non subito avellit aconsuetudine, cum a cibo pristiuoin meliorem traducit;sic majoris in loquendo a minus commodis vertus ad eaqnæ sunt cum ratione, modice traducere oporlet. Cumsint in consuetudine contra ralionein alia verba ila ut eafacile tolli possïnt, alia ut videantur esse fixa : quæ leviterInerent, ac sine olfensione coimnulari possint, slatim advationem corrigi oporlet; quae tamen suut ila, ut in pras-senlia corrigere nequeas, quin ita diras, bis oporlet, sipossis, non uli : sic enim obsolescent, ac pnstea jam obli-terala facilius corrigi poteruut. —17. Quas novas verhi de-clinationes ratione introdiictas respnet forum, bis bonipoëlæ, maxime scænici, consuetudine subigere anreis po-pnli debent, quod poëtæ multnin possunt in hoc; proptereos qua'dam verba in declinalione melins,quædam dete-rius dieuntur. Consuetudo loquendi est in motu-; itaquesolet (ieri ex meliorc deterior, ex détérioré melior. Acverba perperain dicla apud anliquos aliquos propler poêlasnon modo unne dicunliir recte, tad etiam quæ rationedicla suut lum, tiuacperperam dicun'.ur.
18. Quam qui ad consuetudinem nos vocant, si ad rec-lam, scqueimir; in eo quoque cnim est analogia : si ad