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DE LA LANGUE LATINE, LIV. IX.
nous présente la même concordance : elle s’enri-chit chaque année des mêmes fruits qu’elle a portésdans les années précédentes; elle rend avec lamême usure le froment et l’orge dont elle areçu la semence. L’Asie n’a-t-elle pas, commel’Europe, des fleuves, des lacs, des montagnes,des champs? — 28. La même loi ne se retrouve-t-elle pas dans les différentes espèces des oiseaux ?L’aigle naît de l’aigle; la grive, de la grive; etainsi des autres oiseaux. Nous pouvons encoreadmirer cette harmonie dans l’air et dans leseaux : ces coquillages, ces poissons innombra-bles, ne sont-ils pas semblables entre eux danschaque espèce? Voit-on la lamproie donner nais-sance au loup marin, ou à quelque autre poissond’une espèce différente? Le taureau ne ressem-ble-t-il pas au taureau? Le veau ne naît-il passemblable au veau? Même, dans les produits del’accouplement de deux espèces différentes, lanature sait conserver la loi des rapports ; et, demême que l’accouplement d’un âne et d’unejument donne naissance à un mulet ou à unemule, l’accouplement d’un cheval et d’une ânessedonne naissance à un animal d’une nature cor-respondante ( hinnuleus ). — 29. L’homme et lafemme ne produisent-ils pas des êtres semblablesà eux, c’est-à-dire des hommes et des femmes?La forme de leurs membres n’est-elle pas sem-blable selon chaque espèce ? Hommes et femmes,nous sommes tous composés d’une âme et d’uncorps, et chaque partie de cette âme et de cecorps se ressemble dans tous. — 30. L’âme deohaque homme ou de chaque femme est composéede huit parties, et toutes ces parties sont les mê-mes dans chaque homme et dans chaque femme.
servant, ad mensem non item, alios motus cum habeant,sic item alios inter se convenantes? de quibus in libro,quem de æstuariis feci, scripsi. — 27. Non in terra insationibus servata analogia? nec qnojusmodi in praeteritotempore fructuum généra reddidit, similia in præsenlireddit? et quojusmodi tritico jacto reddidit segetes, sicordeo sato proportione reddidit parilis? Non ut Enropahabet flumina, lacus, mon lis, campos, sic habet Asia ?—28.Non in volucribus generatim servatur analogia? non exaquilis aquilæ, atque ut ex turdis qui procreantur, turdi,sic ex reliquis sui quojusquc generis? An aliter hoc fit,quam in aere, in aqua? non hic conchae inter se generatiminnumerabili numéro similes? non pisces? an emurena fitlupus aut merüla? Non bos ad bovem collatus similis ? etqui ex bis progenerantur, inter se vituli? etiam ubi dissi-milis foetus ut ex equa et asino mulus, tameu ibi analogia;quod ex quocunque asino et equa nascitur, id est mulusautmula, ut ex equo et asina hinnulei. — 29. Non sic ex viroet muliere omnis similis partus, pueri et puellae? non ho-rum ita inter sc omnia similia membra, ut separatim in suoutroque genere similitudine sint paria? Non, omnis cumsint ex anima et corpore, partes quaeque borum propor-tione similes?—30. Quidergo cum omnesanimaehominumsint divisæ in octonas parteis, eæ inter se non proportionesimiles? quinque quibus sentimus, sexta qua cogitamu».
Cinq de ces parties sont les organes de la sensa-tion ; la sixième est celui de la pensée; la sep-tième, celui de la génération; la huitième, celuide la voix. Or, puisque la voix est l’organe dulangage, le langage doit naturellement comporterla loi de l’analogie ; donc le langage est sujet àl’analogie.
31. Les Latins ne distinguent-ils pas, commeles Grecs, quatre espèces de mots : ceux qui ontdes cas, ceux qui ont des temps, ceux qui n’ontni cas ni temps, ceux enfin qui ont des cas etdes temps? Chez les Latins, comme chez les Grecs,les mots ne se divisent-ils pas en définis et enindéfinis? — 32. Qui n’a pas remarqué la con-formité qui se retrouve dans les innombrables for-mes des verbes, cette triplicité de temps et depersonnes, comme legebam, lego , legam; lego,legis, legit, qui se reproduit encore au pluriel;enfin cette analogie toujours subsistante dans ladiversité des modifications, qui présentent tour àtour l’idée de commandement, de désir, d’inter-rogation, d’imparfait, de parfait, etc.?
33. Nier la loi de l’analogie, c’est donc mécon-naître la nature, non-seulement du langage, maisdu monde; de même que reconnaître l’existencede l’analogie sans vouloir s’y conformer, c’estagir, non contre l’analogie, mais contre la natureelle-même. Enfin, c’est combattre avec unepin-cette à épiler, et non avec une épée, que d’éplu-cher le langage vulgaire, et de citer quelques mot*usés, pour ainsi dire, par le frottement, pourprouver que l’analogie n’existe pas. Autant vau-drait conclure, par exemple, de la difformitéd’un taureau sans cornes,d’un homme borgne,ou d’un cheval boiteux, que la nature des tau-
septuma qua progeneramus, octava qua voces mitlimus?Igitur, quoniam loquimur voce orationem, hanc quoqoenecesse est natura habere analogias; itaqne habet.
31. An non vides , ut Græci habeant eam quadriparti-tain , 11 nam in qua sit casus, alteram jn qua tempora, ter-tiam in qua neutrum, qiiartam in qua utrumque , sic noshabere? Ecquid vcrha, nescis, ut apud illos sint aliafinita, aiia non , sic utraque esse apud nos. — 32. Equi-dem non dubito, quin animadverterint item in eum innu-merabilem similitudinum numerum : ut trium temporumverba, ut trium personarum. Quis enim potest non unaanimadvertisse in omni oratione esse ut legebam, lego,legam , sic lego, legis, legit; cum hæc eadem dicanturalias ut singula, alias utplura significentur? Quis est taintardus, qui illas quoque non animadverterit similitudines,quibus utimur in imperando, quibus in optando, quibus ininterrogando, quibus in infectis rebus, quibus in perfectis,sic in aliis discriminibus ?
33. Quare qui negant esse rationem analogiæ, nonvident naturam non solum orationis, sed etiam mundi;qui autem vident et sequi negant oportere, pugnant con-tra naturam, non contra analogiam : et pugnant volsillis,non gladio, cum pauca excepta verba ex pelago sermonispulli minus trila afférant, quom dicant propterea analogiasnon esse; similiter ut si quis viderit mutilum bovem aut