109 —
« Madame,
x M. de Lalande a en la complaisance de m’envoyer son se-? cond supplément (au Dictionnaire des athées)', j’ai cru devoir
1 le remercier et lui témoigner en même temps la profonde afflic-
1 tion que m’avait causée son livre. Il m’a répondu et m’a dit
| que vous partagiez mon mécontentement ; je vous avoue que
cela m’a fait grand plaisir. Comment, quand on connaît
1 M. de Lalande, n’être pas affligé de voir un homme si estima-
- ble, si honnête, si bon, si bienfaisant, attaquer d’une manière
• (on ne peut s’exprimer autrement) si dangereuse à la société,
si préjudiciable à son honneur et à son repos, etc. »
Trouvez-moi un dévot du temps à qui l’abbé Emeryeut osé décerner les mêmes éloges ! leur croyanceleur tenait lieu de toutes ces vertus et les en dispen-sait.
;
33° Que serait-il arrive si S.alnnde eut . comme ï-ft-place, abjuré ses opinion» philosophiques ?
Lalande serait devenu comte ou baron ; il eût do-miné Laplace et eût été encensé par tous les intrigantsde l’Europe, vieux ou jeunes; les jeunes Àrago, Biot et Poisson , qui, faute de génie inventif, auraient grandià l’ombre de son génie, et la grande astronomie deLalande eût été leur Credo à la place de la mécaniquecéleste, qui n’en est qu’une bien pâle et prétentieusecopie. Voilà pourtant comment, depuis quatre-vingtsans, la société de Jésus élève les médiocrités et abaisseles travailleurs qui lui résistent. Honneur à ceuxqui, à l’exemple de Lalande, préférant aux gloiresd’emprunt le témoignage de leur conscience, saventgarder leur ligne de conduite, enrichissent la sciencede leurs découvertes, que d’autres leur volent chaquejour sous leurs yeux et avec le cynisme des incapables
7