Livre II. 221 _
fiastique, A ainsi ils s’cn retournèrent satisfaits L Les Pro- 1533.testans ne laiíïoient pourtant pas de s assembler par les mai-sons, où les étrangers & les plus fl a vans d’entreux interpré-toient l’Ecriture Sainte. Ils célébrèrent leur premiere Ceneen un Jardin hors la Ville, où un nommé Maître Jean Gue-ri n Bonnetier, la distribua. Le Vulgaire l’estimoit íçavant enThéologie, quoi-que ce ne fût qu’un Artisan. Peu de joursâpres, étant recherché par les Catholiques, il s’enfuit, & tutdepuis Ministre à Neufchâtel c .
Il arriva auííi qu’un Religieux, prêchant au Couvent de Pa-
lais , & criant fort contreRobert Olivetan, Précepteurfè leva & disputa contre lui;
térent la mime chose dans le Grand Con-seil. On leur répondit qu’ils avoient éténiai informez. Sc on les pria d’ajouter plusde foi à ce Pie les Conseils astitroientêtre vrai, qu’aux raports envenimez queleur pourroient avoir faits quelques par-ticuliers , ennemis de la Ville Sc de sonrepos. On les pria de vouloir nommerces Particuliers , afin que s’ils étoient Ci-toyens de Geneve , le Magistrat put lespunir, comme ils méritoient ; Sc s’ils é-toient Sujets de Fribourg , ou de quel-que autre État , on les pût appeller enJustice, pour avoir raison des calomniesqu’ils avoient répandues. Mais les Dépu-tez ne voulurent point le faire. On leurdonna ensuite les mêmes assurances qu’onleur avoir déja données plusieurs fois ,que la Ville vouloir demeurer attachéeà l’ancienne Religion , de forte qu’ils pa-rurent contens Sc détrompez ; à ces con-ditions , ils firent efperer que leurs Su-périeurs feroient prêts à soutenir la Villede Geneve dans ses besoins, avec la mêmeaffection qu’ils avoient fait par le paffés Le Conseil avoir promis aux Dépu-tez de Fribourg, plus qu’rl n’étoit en étatde tenir. Il y avoir un trop grand nom-bre de Citoyens , qui étoient persuadezque l’Eglise Romaine étoit remplie depratiques superstitieuses , & convaincus
Luthériens; un nomme Pierredes enfans de Jean Chantemps,ce qui excita grande rumeur,E e 3 & s’il
de la nécessité d’une Reformation ; de-sorte que le Magistrat ne pouvoir se flat-ter d’être bien maître de leurs démar-ches. Au(si ces Députez ne surent pasplutôt partis , que les Evangéliques re-commencèrent leurs Assemblées. Ellesfurent d’abord un peu moins publiques.Les plus habiles y lisoient Sc expliquoientl’Ecriture Sainte , faisoient des Prières Scd’autres actes de pieté : Et l’on y commu-nia des mains de Guerln , comme le ditM. Spon.
' Gutrin avoir un Domestique qui n’é-toit pas moins zélé que lui, pour la nou-velle Religion ; 11 parloir avec beaucoupde liberté , contre les dogmes reçus jullqu’alors dans l’Eglise. Il avoir même étéaffez hardi, pour dire en pleine rué, de-vant un grand nombre de personnes, quetout ce que les Prêtres disoient dans leurMeffe, étoit de très petite importance,Sc que ceux qui l’alloicnt entendre > é-toient des Idolâtres, qui, au lieu d’y ren-dre leurs hommages à Dieu, co mue ilsse l’imaginoient follement, n’y adoroientque du pain. Le Conseil ayant eu avisde ce qui s’étoit pallé, .bannit, lotis pei-ne de la vie, le Valet de Guerin, Sc fitauísi sortir celui-ci de la Ville ; il y furpouffé par les pressantes sollicitations desEcclésiastiques.
» Les