Livre III. $13_
Deux ans après les Sujets du Païs Allemand dc leurs Ex- 1653.tellences de Berne, se plaignant d'être trop chargez par leursBailliss, se rebellèrent contre leurs Souverains, Tous la con-duite d’un nommé Leûbcrg: la Ville de Berne fut en granddanger, étant bloquée par cette multitude de Païians : Ge-neve lui envoya 300. hommes de secours en trois Compa-
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les prétendus Démoniaques , Sc on fîtvisiter la prévenue par des Médecins &des Chirurgiens , pour voir si elle avoirla marque qu’on appelloit Satanique. DePexamen des Démoniaques , il n’en ré-sulta autre <hose , si ce n'est qu’une desprétendues possédées dit, qu’elle íentoitles Démons comme des Fourmis en di-verses parties de son corps > qui souventtâchoient de l’étrangler, & que les Mé-decins lui ayant demandé en quel nom-bre ils étoient, elle répondit que MichéeChauderon le savoir bien. Ce qui ne lesayant pas satisfait, pour mieux s’assurerSc de l’existence des Démons dans lecorps de cette Fille , & de leur nombreils lui firent la même question en Grec& en Latin, ne doutant pas que si cesmauvais esprits y étoient, connoissantcomme ils connoissent toutes les Lan-gues , ils ne répondissent » mais ils nedirent mot ; à l'égard des marques Sata-niquet, qui dévoient être telles, que lorsqu’on y enfonce une aiguille , le préten-du Sorcier ne la sent point, l’operationayant été faite à Michée Chauderon dansles deux endroits que l’on prétendoitque le Diable avoir touché, elle ne pa-rut pas tout-à-fait insensible, & il ensortit même un peu de sang ; de sorteque la Faculté prononça qu’elle ne pou-voir pas assurer, que ces marques fuflentla livrée du Démon. Réfléchissant aufllfur l’ignorance des Démons de la pré-tendue possédée , les Médecins & les Chi-rurgiens en conclurent de même que desautres symptômes qu’ils lui remarquèrent,qu’il n’y avoir pas des preuves suffisan-tes qu’on les lui eut donnez. Ces ra-ports ne chargeant pas beaucoup la fem-me Chauderon , elle auroit fans doutecchapé au dernier fuplice, si elle avoir con-tinué de nier constamment ce qu’on lui
imputoit : Mais enfin , ayant été presséepar la torture, elle avoua de s’être don-née au Diable, & les autres circonstan-ces raportées ci - dessus. On lui trouvaauffi par une nouvelle visite qui fut or-donnée, une autre marque à la cuisse,dans laquelle l’aiguille ayant pénétré astfez avant , fans que cette femme sentitde la douleur ; les Docteurs la jugèrentSatanique. Elle entra ensuite dans diversdétails sor les maniérés dont le Diablelui avoir aparu, sous diverses figures ostd’hommes ou d'animaux » de même quefur celle dont elle avoit donné les Dé-mons à plusieurs personnes. Elle assurapourtant qu’elle n’avoit jamais été à laSynagogue, ni renoncé à son Baptême.Michée Chauderon fut traitée avec moinsde rigueur , que les prétendues sorcièresqu’on avoit fait mourir auparavant, lestquelles on condamnoit pour l’ordinaire ,à être brûlées vives. On voit bien de-puis l’an 1651. par les Regitres publics,quelques exemples de personnes accuséesde sorcellerie, & emprisonnées à ce sujetdans Geneve, mais les Juges ayant com-mencé à ouvrir les yeux, sor le peu defondement qu’il y avoit de les traitercomme on avoit fait jusques alors , Stà les regarder plutôt comme des miséra-bles , qui avoient l’esprit foible & l’ima-gination blessée , que comme des crimi-nels , les laissèrent au Jugement de Dieu,ou condamnèrent tout au plus au ban-nissement , ceux à l’égard cjf l’état d estquels il leur restoit encore quelque dou-te. Et enfin le Public s’étant de plusen plus détrompé des idées où il étoitfur les Sorciers , l’on n’a plus porté de-vant les Juges d’accusations contre desgens qu’on prétendit être tels, ou si onl’a fait, ces accusations n’ont point étéécoutées.