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LE TABAC
Le tabac au point de vue social.
Molière fait faire par un des personnages d’unecomédie célèbre (Don Juan) un éloge bien pompeuxdu tabac :
« Quoi que puisse dire Aristote et toute la philo-sophie, il n’est rien d’égal au tabac; c’est la pas-sion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac, n’estpas digne de vivre. Non-seulement il réjouit, etpurge le cerveau humain, mais encore il instruitles âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à de-venir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dèsqu’on en prend, de quelle manière obligeante on enuse avec tout le monde, et comme on est ravi d’endonner à droite et à gauche, partout où l’on setrouve ? On n’attend pas même qu’on en demandeet l’on court au-devant du souhait des gens, tant ilest vrai que le tabac inspire des sentiments d’hon-neur et de vertu à tous ceux qui en prennent. »
Certes , ceux qui aiment le tabac doivent êtreflattés, voilà un tableau bien séduisant. Maisquand Molière écrivait ces lignes, les gens de couret quelques petits-maîtres seuls prisaient, l’usagedu tabac à fumer était encore fort peu répandu. Eneffet, il y avait à peu près cent ans seulement queJean Nicot, ambassadeur de France en Portugal ,avait introduit chez nous la plante nouvelle.
Au reste, le tableau est d’un coloris outré, etl’éloge du rôle social du tabac n’apparait dans ceslignes de Molière que comme un spirituel persiflage.