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LES FÉDÉRÉS ARRIVENT.
(juin 1790)
desquels se plaçait Marat , l’Ami du Peuple. Ceux-ci doutaient fort du pa-triotisme de Lafayette et de Bailly, qu’ils avaient d'ailleurs si souvent at-taqués, de concert avec les aristocrates. Ils appelaient les gardes nalionauxdes épauleltiers, des bleus, et les comparaient à de la faïence bleue qui neva pas au feu *. A peine avaient-ils entendu parler d’une fédéralion, qu’ilsblâmèrent cette mesure, et prétendirent que l’on voulait royaliser la France .Tel était leur cri de ralliement. Parvenus plus tard au pouvoir, ils enve-loppèrent dans un seul et même réseau sanglant tous ceux qui avaientsimplement partagé l'avis de Bailly, et tous ceux qui étaient véritablementfédéralistes, comme Brissot . Et nous verrons que cette accusation avait grandpoids, lorsque nous en serons venus au moment où les girondins firent unappel aux départements du midi, pendant que d’un autre côté les jacobinssapaient la monarchie avec la journée du lOaoût.
La fédération fut fixée au 14 juillet 1790, premier anniversaire de la prisede la Bastille.
Nous avons fait connaître toutes les clameurs d’un parti puissant contrecelte fête; mais néanmoins elle occupa beaucoup la masse des esprits, etréveilla en eux les principes d’égalité et de fraternité. Une circonstancecontribua encore à leur manifestation. Benjamin Franklin , citoyen desÉtats-Unis , vint à mourir. Mirabeau, pour se relever de l’indignité pa-triotique dont l’avait couvert la séance de la paix et de la guerre, annonçalui-même celle trisfe nouvelle à l’Assemblée. Les députés décidèrent avecacclamation qu’ils prendraient le deuil pour trois jours, en mémoire durépublicain Franklin. Ce fut en effet une tristesse générale. Au café Pro-cope, on éleva un mausolée à Franklin, et l'on prononça plusieurs dis-cours.
Cependant, à dater du milieu du mois de juin, des fédérés commencèrentà arriver à Paris . Une députation fixa, entre beaucoup d’autres, l’attentionpublique. Elle se composait d’étrangers, sous la conduite du baron deCloolz, Prussien de naissance. Ils se présentèrent à la barre de l’Assembléenationale, et demandèrent à être placés dans les rangs des fédérés. Cetteaction sembla ridicule aux uns, sublime aux autres. Plusieurs incrédulesalléguèrent qu’il s’agissait de faux étrangers. Un historien, à ce propos,avance le fait suivant. M. de Boulainvilliers, qui se trouvait ce jour-là àl'Assemblée, reconnut dans la députation le nègre d’un de ses amis. « Ah!te voilà, Azor, lui dit-il; que viens-tu donc faire ici! — Monsieur, je faisl’Africain, » lui répondit le nègre**.—
Le baron de Cloolz s’était déjà donné comme l’orafeur — particulier —