(juillet 1791) DÉPLOIEMENT DU DRAPEAU ROUGE. loV
dater du 20 juin que Marie-Antoinette perdit tout espoir de repos et debonheur.
La secousse se prolonge et se fait de plus en plus terrible. Trente jeunesgens ont écrit à l’assemblée, sous le nom collectif de Mucius Scœvola,pour lui demander la mise en accusation de Louis XVI , et l'arrestation deLafayette et de liailly. Puis, le lendemain de l'anniversaire de la fédération,un rassemblement se forme sur la place Vendôme ; il veut, en tout état decause, que l’assemblée proroge sa décision sur le sort du roi, jusqu'à ce queles quatre-vingt-trois départements convoqués aient donné leur avis. Plusde roi , s’écrient-ils, soyons républicains * !
Mais, juslement,les députés venaient définitivement d’acquitter LouisXVI,et de le mettre hors de cause, ce qui échauffa davantage encore les esprits. Lapétition contre le roifutdonc portée le 16 juillet au champ de lafédération,par les amis de la constitution. Leur bannière était un appel à la nation, sur-monté du bonnet de la liberté, avec ces mots : la liberté ou la mort. Un grandnombre de citoyens la signa aussitôt, et elle fut affichée dans la capitale.Le 17, la foule des signataires se trouva tumultueusement rassemblée au-tour de l'autel de la patrie. Deux individus, un invalide et un perruquier,s’étaient cachés dessous pour un motif indécent; on les aperçut; on seglissa à l’oreille qu’ils avaient le dessein de faire sauter l’autel de la pa-trie; ou les frappa de coups, sans entendre à aucune explication : l’un desdeux eut même la tête tranchée. Lafayette, suivi de la garde nationale, es-saya de rétablir l’ordre; mais, l'après-midi, ia foule s’accrut de celle desoisifs et des promeneurs. C'élait le dimanche. Quelques pierres ayant étélancées sur les gardes nationaux, la municipalité proclama sans liésilcr laloi martiale, déploya le drapeau rouge, ordonna qu’on battit la générale, ets’apprêta à faire feu. Vers sept heures du soir, un coup de pistolet, tiré parles pétitionnaires, alla frapper un soldat tout à côté de Bailly. Aussitôt, sansavoir fait les trois sommations prescrites **, mais se fondant sur l'article dela loi qui en exemptait dans le cas où les attroupements exerceraient desviolences, la force armée fi! plusieurs décharges sur tous ceux qui avoisi-naient l’autel de la patrie, qu'ils fussent curieux ou pétitionnaires.
Il y eut de nombreuses victimes.
Cette affaire devait plus tard coûter la vie au maire de Paris . On ne l’ou-blia jamais. Le peuple parisien maudit de ce jour la municipalité et lessoldats-citoyens, qu'il ne nomma plus que les assassins du Champ-de-Mars ;l’Assemblée nationale donna, selon son habitude, raison aux plus forts.L’historien, qui seul peut ici juger avec sang-froid et impartialité, voit dans
’ L 'Orateur du peuple, journal.
" Lisez à cet égard les Mémoires de Bailly.