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Tome premier.
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(novembre 1791)

LES COBLENCIERS.

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un prompt remède. La noblesse avait déserté ses châteaux; des quenouil-les étaient envoyées, en signe de mépris, aux gentilshommes qui restaienten France . Plusieurs d’entr’eux reçurent une circulaire officielle, ainsiconçue :

« Monsieur,

» Il vous est enjoint, de la part de Monsieur, régent du royaume, devous rendre à.pour le 30 de ce mois. Si vous n’avez pas les fonds né-

cessaires pour entreprendre ce voyage, vous vous présenterez chez M. ***,qui vous délivrera cent livres. Je dois vous prévenir que si vous ne vousêtes pas rendu à l’endroit indiqué à l’époque susdite, vous serez déchu detous les privilèges que la noblesse française va conquérir*. »

L’Assemblée se dépécha de rendre contre les émigrés plusieurs décretscomminatoires. Mais, les Coblenciers —on les surnommait ainsi à cause deleur résidence à Coblentz —en appelaient de chaque décret à la botte du gé-néral Bender, un de leurs chefs, et pensaient qu’il suffisait d'un fouet deposte pour mettre les révolutionnaires à la raison. Ils répondirent notammentau rappel qui leur était fait, qu'ils n’obéiraient pas, qu’ils ne reviendraientpas, parce que Louis XVI n’avait pas pu accepter librement et de bonne foila constitution. En effet, une loi portée contre eux par l’Assemblée donnala mesure des convictions constitutionnelles de Louis. Elle n’épargnait niMonsieur, ni le comte d’Artois, et fut la cause d’une rupture à peu près dé-finitive entre les députés et le roi, qui apposait son veto dont il ne fut pastenu compte.

? Comme on le voit, le veto royal n’était qu’une chose illusoire, puisqu’ilétait impossible à Louis XVI de se déclarer pour ou contre une loi proposée,sans émouvoir aussitôt les passions des partis. Le peuple se riait des volon-tés de M. veto, et surtout des caprices de Madame veto. La personne du roiétait complètement effacée, eu égard à la marche des affaires : il ne restaitplus au chef de l’état qu’un certain relief de puissance, recouvrant une in-capacité réelle. Dirons-nous que cela fut à tort ou à raison? Sans préjugerla question du principe monarchique, nous avouerons que le peuple donnaiten plein dans l’illégalité. Louis avait conservé le droit du veto; pourquoilui en ravir l’exercice?

On comprend, au reste, d’après sa position, combien il répugnait au roid’approuver le décret contre Monsieur et le comte d’Artois.

Une des vieilles et excellentes connaissances de l’auteur avait encore parmi ses papiers defamille, il y a quelques années, une circulaire semblable.