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(Juillet 1792.)
combien il était sensible aux réflexions du blessé, en le faisant généreuse-ment mettre en prison à l'Abbaye!
Le 26, il y eut festin civique sur la place de la Bastille . Chaque citoyen dufaubourg Saint-Antoine y apporta son dîner. Les convives chantèrent deshymnes en l’honneur de la liberté. Après le repas, il se fit des danses, et leshabitants des quartiers voisins illuminèrent les façades de leurs maisons.L’ordre qui avait régné dans cette fête d’un genre nouveau, cessa d’existervers neuf heures du soir. Carra, Wcstermann et Lazouski, ardents clubistes,annoncèrent le projet qu’ils avaient conçu de déployer un drapeau rouge etd'attaquer le château des Tuileries . Un transparent rappelait que la patrieétait en danger* ** . Mais la conspiration avorta, l’étion étant parvenu à étoufferle tumulte dès sa naissance.
Ibétion avait su déjouer, dans le même moment, des trames royalistes(pii avaient encore pour but de faire évader Louis XVI. Madame de Staël adonc eu tort de dire « qu’il ressemblait à l’arc-en-ciel venant après l’orage. »
Tout cela peint l'effervescence du peuple parisien, à la fin du mois dejuillet.
Pour comble d’agitation, les fédérés bretons d’un côté, et de l’autre lesfédérés marseillais, — auxquels nous avons vu Barbaroux faire uu appel sipressant,—sont aux portes de la capitale. L’arrivée de ces hommes turbulentsde leur naturel aggrave nécessairement les troubles déjà existants. Une foulede citoyens court à leur rencontre , et sur-le-champ le mot d’insurrection estprononcé et répété de toutes parts. Ils arrivent, ces Marseillais, on les reçoitavec acclamations, on les embrasse, on les félicite de leur vigoureux amourde la liberté! Aussitôt après leur entrée dans Paris , ils vont se loger, la nuit du3 au à août, dans le bâtiment des Cordeliers. Immédiatement après, la sec-tion du Théâtre-Français célèbre une fête en leur honneur, et s'intitule sec-tion de Marseille . C'est là que l’hymne de Rouget de l'isle est chanté pourla première fois, — la Marseillaise, chant de carnage et d’héroïsme tout en-semble, mélodie terrible, qui semble avoir pour auteur la France entière.
Oh! quelle commotion électrique ont ressentie les masses, lorsque cet hymnea frappé leurs oreilles ! Comprenez-vous bien cette première strophe, touteexubérante d’enthousiasme ! la seconde, toute rouge d’indignation ! la troi-sième, exhalant le mépris des Français pour les cohortes étrangères ! la qua-trième, qui porte le défi aux tyrans ! la cinquième, qui recommande la clé-mence ou l’extermination ! la dernière enfin , qui est une sainte prière à laliberté "*!
Les voici ; ils vont agir et mauifester leurs intentions, et faire prédominerleurs habitudes. Us commencent par proscrire l’usage des cocardes en ruban,
* Voir'les Jnnales patriotiques; elle Patriote français, journal national.
** On sait que la strophe : * Août entrerons dans la carrière, • a été ajoutée plus tard