MEl'KTKE UE MANDAT.
(Août 1792.)
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soit par un reste de fierté nobiliaire, on ne les avait pas laissés entrer dans lechâteau. Ils devaient se réunir aux Champs-Élysées , pour de là se jeter surl’assemblée législative. Mandat, commandant-général de la garde nationaleparisienne , avait obtenu l’autorisation de repousser la force par la force, et lecommandant de l’IIotel-de-Ville avait même reçu l’ordre de tirer sur les in-surgés, dès qu’il les verrait déboucher sur la place de Grève; les diverseslégions de Paris avaient pris les armes. Bon gré, mal gré, Pétion s’était vuobligéde signer l’ordre qui faisait agir Mandat. C’était donc un véritable com-bat, que celui qui allait s’engager entre les insurgés et les derniers soutiensde la monarchie.
Les hôtes des Tuileries , ayant entendu le tocsin, ne se couchèrent pas , àl’exception du dauphin et de sa sœur. On prit des dispositions à la hâte ; oncoupa le plancher qui joignait le Louvre auxTuileries, afin de fermer le pas-sage aux insurgés; on plaça là quelques pièces de canon, et on attenditle point du jour. 11 se leva dans un horizon rouge, et en le voyant, d’unefenêtre, Marie-Antoinette devint pâle et comme en proie à un horrible pres-sentiment. A cinq heures les enfants furent éveillés, habillés et amenés prèsde Louis XVI , qui parut déterminé à risquer le combat. La famille royalese plaça sur le balcon du palais, où elle fut accueillie par les cris de vive leroi! prononcés par des serviteurs dévoués, prêts à mourir pour lui conserverl’existence. Louis XVI avait le teint animé, les yeux gros et rouges.
Cependant, Mandat avait été plusieurs fois appelé par la commune pourcomparaître devant elle. Les membres du conseil municipal renouvelé, vou-laient lui ôter des mains l’ordre que Pétion avait signé. Mandat obéit, etlut étonné en voyant les changements opérés dans la municipalité. Après uninterrogatoire (pii était loin de satisfaire les conseillers municipaux , il futconduit à l’Abbaye, — ou plutôt livré à une foule furieuse. Mandat, au basde l’escalier de l’Hôtel-de-Ville , reçut un coup de pistolet, et tomba baignédans son sang. Ses meurtriers le dépouillèrent et cherchèrent dans ses ha-bits l’ordre de Pétion , que l’infortuné avait eu soin de laisser à son fils.Exaspérés par ces vaines perquisitions, ils l’achevèrent à coups de sabres etde piques, et précipitèrent son cadavre dans la Seine . La commune lui donnaimmédiatement Santerre pour successeur.
C’était-là, dès le début de la journée, un triomphe pour les jacobins, unedéfaite pour la Gironde. La nouvelle municipalité, œuvre de Danton et deBobespierre, dirigea alors l’insurrection.
Les Marseillais et les Bretons avaient braqué leurs pièces de canon de-vant le château d’où l’on pouvait les voir très-distinctement. La mort de Man-dat paralysa les mesures prises par les défenseurs du château. Les insurgés,au contraire, obéissant à une force pleine d’unité, deviennent plus redou-tables. La générale est battue dans les sections; les bataillons suspects sont re-tenus dans leurs corps-de-garde ; les rassemblements de royalistes formés