220 SAC ET PRISE DES tuileries. (Août 1792.)
aux Champs-Élyséos sont dispersés ; la garde nationale mise sous les armespar Mandat a reçu d’autres ordres, ou a été renvoyée.
L’attaque commence, vigoureuse du côté des assaillants , commandés parWestermann, molle ou partielle du côté des assiégés, commandés par MM. Yi-tinkotT et Romain Villers. A peine les canonniers ont écouté l’allocution deRœderer, procureur-syndic, qui leur a recommandé la résistance légale;plusieurs ont retiré la charge de leurs canons. Les nobles seuls , tout malarmés qu’ils sont, jurent de mourir à leur poste. Les insurgés entonnentla ronde de Çàira. Le roi était sorti du château, et se trouvait au milieu dela représentation nationale. Les Suisses n’en sont pas moins fidèles à leurmaître. Plusieurs décharges redoublées de leur part, mettent en fuite les as-saillants; le canon se fait entendre. Les fédérés bretons et marseillais re-prennent courage et attaquent alors le château sur les deux façades , et bien-tôt les Suisses restent seuls pour soutenir l’assaut. Le combat devient de plusen plus acharné; les Suisses sont culbutés et tués pour la plupart. Les in-surgés sont maîtres de la place.
Alors, le château des Tuileries est envahi, et les vainqueurs pénètrentfacilement dans l’intérieur. Spectacle effrayant! le palais est environné defumée et de flammes ; il est menacé de l’incendie. La façade est criblée deballes et de boulets. Les vitres des fenêtres sont brisées. Dans le jardin, dansles cours, dans les couloirs, dans les anti-chambres, partout du sang et descadavres. Les lambris dorés sont ternis. Et les insurgés, après leur victoire,pleins de colère et du désir de la vengeance, se promènent dans les apparte-ments, égorgeant ou jetant par les fenêtres les hommes du château qu’ilsrencontrent sur leur passage, Suisses , simples domestiques, et autres. Pointde pitié ni de merci! On se venge encore sur leurs cadavres qu’on dépouilleet qu’on mutile horriblement. L’habit rouge est une cause infaillible de mort.Quelques défenseurs de Louis XVI parviennent seuls à s’échapper, ou sontsauvés par des âmes généreuses; et le cri de « Faites grâce aux femmes, »arrache à la mort madame Campan , la princesse de Lamballe , mademoisellede Tourzel, etc. , qui sont incontinent menées dans les prisons de l’Ab-baye *.
Les récits qui ont été faits de la journée du 10 août, sont tellement con-tradictoires, qu’on ne peut dire au juste lesquels, des assiégeants ou des as-siégés, commencèrent le feu. Quoi qu’il en soit, il est certain que Louis XVI ,entendant, de l’assemblée nationale où il avait cherché un refuge, le bruitdu canon, s’écria : « J’avais défendu de tirer. » Mais , comment conciliercette phrase avec les préparatifs faits aux Tuileries, pendant la nuit du 9 au10 août? Quelques historiens, à cet égard, jettent sans hésiter, tout leblâme sur Louis XVI qui, selon eux, a d’abord voulu opposer la force à la