(Année 1792.)
REPRÉSENTATIONS THEATRALES.
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Nous percerons leur liane ,
Nous boirons tout leur sany *\
Il en résultait une sombre animosité, chez le peuple, pour tout ce qui n’é-tait pas franchement révolutionnaire ! 11 portait en tous lieux sa mauvaisehumeur. Les théâtres étaient dans le plus grand désordre, à propos des piè-ces; on s’y disputait, on s’y battait. Aussi faut-il savoir que ces pièces, in-struments de discorde, étaient plus que jamais des tragédies, des comédies,des à-propos patriotiques, tels que le Siège de Lille, Mutins Scœvola, la mortde Beaurepaire, ou les Héros Français , etc. Les théâtres ne représentaient plusmaintenant que les ouvrages susceptibles de ne froisser en aucune façon lesidées du public. Sur le théâtre du Marais, par exemple, on avait donné lasuite de Robert, 'chef de brigands, mélodrame ; ayant pour titre : le tribunalredoutable. Robert y était prince souverain, il rétablissait sur le trône unjeune Adolphe, fils du comte de Marbourg . Mais, ces idées n étant plus de nature à faire fortune sur les théâtres, l’auteur se crut obligé d’intituler son mé-lodrame Robert Républicain, et de lui faire fonder une république **. Quandun auteur, au contraire, osait affronter le public, le parterre se déclarait enrévolution permanente, les femmes s’enfuyaient, et des coups de poing ter-minaient ordinairement l’affaire.
Une troupe de comédiens était venue s’établir à Chartres . Gonchon etI* orcade, orateurs du faubourg Saint-Antoine qui, de leur propre mouve-ment, étaient allés remplir la mission d’apôtres delà liberté et de la paix dansce département, se trouvaient à une représentation de Gabrielle de Vergy.Les passages les plus aristocrates sont applaudis avec un enthousiasme uni-versel. Gonchon se lève au milieu du parquet, et s’écrie :
« Vous ignorez-doneque les sans-culottes du faubourg Saint-Antoine sont ici? «
Ce mot fit son effet, et les applaudissements cessèrent.
A la petite pièce, les acteurs arrivent avec des chapeaux à plumets, desnœuds d’épée verts et sans cocarde. Gonchon monte au foyer, et leur dit avecl’énergie qui lui est propre :
« ISous avons renversé les rois, et nous renverserons aisément les rois dethéâtre. Otez ces rubans verts. »
11 fallut céder. Gonchon, pour achever la conversion des spectateurs,chanta des couplets patriotiques, et il faut publier à la louange des adminis-trateurs du département, qu’ils les ont demandés à Gonchon, pour les faireimprimer et répandre dans les campagnes. Nous en citerons un sur l’air :Aussitôt que la lumière.
Allons porier sur les trônes •*
Le bonnet de liberté,
Recueil tf Anecdotes peu connues, sur les journées des 2 et 3 septembre *79?.Voyez le compte-rendu, dans U Moniteur, numéro du a 5 décembre 1 792.