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Tome premier.
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(Avril 1793.)

TRIUMP1IK DK MARAT.

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Quant à Marat , il annonça dans son journal, qu'il se présenterait le 21,devant le tribunal révolutionnaire, pour y être jugé, et le jour dit, il entradans la salle des séances, escorté d’une foule de peuple, préoccupée de sonjugement. « Citoyens, s’écria-t-il en s’adressant aux juges, ce n’est pointun coupable qui parait devant vous, c’est l’ami du peuple, l’apôtre et lemartyr de la liberté; ce n’est qu’un groupe de factieux et d’intrigants * quiont porté le décret d’accusation contre moi. » Il continua sur ce ton encorequelques instants, et (it aisément impression sur l’esprit de ses juges. Il n'veut pas, pour ainsi dire, de discussion, et il fut acquitté à l’unanimité. «Ci-toyens, reprit-il à ceux qui formaient son escorte, lesort desconspirateurs estdans vos mains; protégez l’innocent, punissez le coupable, et la patrie serasauvée. » La foule tint compte de ses paroles, se saisit de lui, et quelqueshommes le placèrent sur leurs épaules, après avoir déposé une couronne dechêne sur sa tète. Ils se mirent en marche vers la convention : deux officiersmunicipaux décorés de leurs écharpes, précédaient le cortège. On criait detemps en temps, vive Marat ! les girondins à la guillotine! Quand le triom-phateur arriva dans la salle de la convention, la séance avait été levée, et il nerestait plus qu'un petit nombre de députés. Un sapeur dit au président : « Ci-toyen président, nous vous amenons le brave Marat, Marat a toujours étél’ami du peuple, et le peuple sera toujours l’ami de Marat ! s’il faut que latête de Marat tombe, la tète du sapeur tombera avant la sienne. » Et en ma-nière d 'action d’éloquence, 1 emaratiste brandissait sa hache aux vifs applau-dissements des tribunes. Le cortège défila dans la salle, où quelques péti-tionnaires envahirent les places vacantes des députés. Marat embrassa lesgens de son escorte, et ses collègues de la sainte montagne; puis, il s’em-para de la tribune, parla de son succès, et appela la vengeance sur les giron-dins. Le lendemain, aux jacobins, son triomphe fut encore plus éclatant. Cen’étaient que bravos et couronnes. Un enfant de quatre ans lui en plaça unesur la tête. Marat sembla dédaigner ces hommages, en alléguant que sa car-rière politique n’était pas encore terminée. Il appuya sur ce que la factionétait humiliée, et non pas écrasée.

L’acquittement de Marat par le tribunal révolutionnaire, se comprend fa-cilement, lorsqu’on voit quels hommes le composaient, et, par conséquent,quelle était son opinion.

Le président était Herman, fougueux montagnard.

Le vice-président était Dumas; l’accusateur public, Fouquier-Tinville .

Parmi les juges et les jurés, on comptait les jacobins les plus purs; et,bien que ce tribunal ne fut pas encore ce qu’il a été depuis, on ne s’étonnepas de l’unanimité des votes pour l'acquittement de l’ami du peuple. Il n’af-

* !>r mot intrigant était l'expression ordinaire de Mar.n, pour désigner ses ennemis politiques.