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BONAPARTE AUX ANCIENS.
( 1799 ).
Entouré de son magnifique état-major, Bonaparte parut. Il fut accueilliassez bien, et prit la parole en ces termes, pour expliquer sa conduite poli-tique:
« Représentants du peuple, vous n’êtes point dans des circonstances or-dinaires ; vous êtes sur un volcan. Permettez-moi de vous parler avec la fran-chise d’un soldat, avec celle d’un citoyen zélé pour le bien de son pays ; etsuspendez , je vous en prie, votre jugement, jusqu’à ce que vous m’ayez en-tendu jusqu’à la fin.
« J’étais tranquille à Paris , lorsque je reçus le décret du conseil des an-ciens, qui me parla de ses dangers, de ceux de la république. A l’instantj’appelai, je retrouvai mes frères d’armes, et nous vînmes vous donner notreappui ; nous vînmes vous offrir les bras de la nation, parce que vous enétiez la tête. Nos intentions furent pures, désintéressées ; et, pour prix dudévouement que nous avons montré hier, aujourd’hui déjà, on nous abreuvede calomnies! on parle d’un nouveau César, d’un nouveau Cromwell ; onrépand que je veux établir un gouvernement militaire.
« Représentants du peuple , si j’avais voulu opprimer la liberté de monpays, si j’avais voulu usurper l’autorité suprême, je ne me serais point renduaux ordres que vous m’avez donnés, je n’aurais pas en besoin de recevoircette autorité du sénat. Plus d’une fois, et dans des circonstances extrême-ment favorables, j’ai été appelé à la prendre. Après nos triomphes en Italie ,j’y ai été appelé par le vœu de la nation ; j’y ai été appelé par le vœu de mescamarades, par celui de ces soldats qu'on a tant mal traités depuis qu’ils nesont plus sous mes ordres, de ces soldats qui sont obligés encore aujourd’huid’aller faire dans les départements de l’Ouest une guerre horrible, que la sa-gesse elle retour aux principes, avaient calmée, et que l'ineptie ou la trahisonviennent de rallumer.
« Je vous le jure, représentants du peuple, la patrie n’a pas de plus zélédéfenseur que moi : je me dévoue tout entier pour faire exécuter vos ordres.Mais c’est sur vous seuls que repose son salut, car il n’y a plus de directoire :quatre des membres qui en faisaient partie, ont donné leur démission , et lecinquième a été mis en surveillance pour sa sûreté. Les dangers sont pres-sants; le mal s’accroît : le ministre de la police vient de m’avertir que dans laVendée plusieurs places étaient tombées entre les mains des chouans. Re-présentants du peuple, le conseil des anciens est investi d’un grand pouvoir;mais il est encore animé d’une plus grande sagesse: ne consultez qu'elle, etl’imminence des dangers ; prévenez les déchirements. Evitons de perdreces deux choses, pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la libertéet l’égalité.'...»
Le député Langlet interrompit : Et la constitution?
« La constitution ! reprit Bonaparte . Vous sied-il de l’invoquer? et peut-elle être encore une garantie pour le peuple français ? Vous l avez violée au