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Tome second.
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CONSULAT PROROGÉ.

(Mai 1802.)

11 faut donc donner au héros une récompense, et lui témoigner sérieusementla reconnaissance nationale. On avait bien parlé d’un monument élevé à sagloire, mais il avait répondu modestement qu’il « fallait laisser aux siècles àvenir le soin de le construire, s’ils ratifiaient la bonne opinion qu’ils avaientde lui. »

Vers, gravures et chansons ne valent pas pour lui une bonne augmenta-tion de pouvoir, et, encore une fois, le sénat-conservateur est là pour préser-ver le pays du péché d’ingratitude. Le sénat, considérant que, dans les cir-constances où se trouve la république, il est de son devoir d’employer tousles moyens que la Constitution a mis en son pouvoir pour donner au gouver-nement la stabilité qui, seule, multiplie les ressources, inspire la confianceau dehors, établit le crédit au dedans, rassure les alliés, décourage les en-nemis secrets, écarte les fléaux de la guerre, permet de jouir des fruits dela paix, et laisse à la sagesse le temps d’exécuter tout ce qu’elle peutconcevoir pour le bonheur d’un peuple libre ; considérant de plus que le ma-gistrat suprême, qui, après avoir conduit tant de fois les légions républicainesà la victoire , délivré l’Italie, triomphé en Europe', en Afrique, en Asie , etrempli le monde de sa renommée, a préservé la France des horreurs de l’anar-chie qui la menaçaient, brisé la faulx révolutionnaire, dissipé les factions,éteint les discordes civiles et les troubles religieux, ajouté aux bienfaits de laliberté ceux de l’ordre et de la sécurité, hâté les progrès des lumières, consolél’humanité et pacifié le continent et les mers, a les plus grands droits à la re-connaissance de ses concitoyens, ainsi qu’à l’Sdmiration de la postérité_dé-

crète ce qui suit :

Art. 1. Le sénat conservateur, au nom du peuple français , témoigne sa re-connaissance aux consuls de la république.

Art. 2. Le sénat conservateur réélit le citoyen Napoléon Bonaparte premierconsul de la république française pour les dix années qui suivront immédia-tement les dix ans pour lesquels il a été nommé par l’art. 39 de la constitu-tion.

Art. 3. Le présent sénatus-consulte sera transmis par un message aucorps législatif, au tribunat et aux consuls de la république.

Bonaparte , cette fois, n’en appela pas au témoignage de la postérité ; il ac-cepta l’offre du sénat, et répondit à ses envoyés :

« Sénateurs , la preuve honorable d’estime consignée dans votre délibéra-tion du 18 sera toujours gravée dans mon cœur. Le suffrage du peuple m’ainvesti de la suprême magistrature; je ne me croirais pas assuré de sa con-fiance, si l’acte qui m’y retiendrait n'était encore sanctionné par son suffrage.Dans les trois années qui viennent de s’écouler, la fortune a souri à la répu-blique; mais la fortune est inconstante, et combien d’hommes qu’elle avaitcomblés de ses faveurs ont vécu trop de quelques années! L’intérêt de magloire et celui de mon bonheur sembleraient avoir marqué le terme de ma