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Tome premier.
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PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS. 43

lence du surintendant. Le château d'eau placé en tête du canal J, et qui 11 ’a pu êtrefiguré sur ce petit pian, date aussi de la même époque. Ces travaux divers ont envérité quelque chose de babylonien qui étonne ; et quand on songe que toutes cesmontagnes d’or changées en pierres s’élevaient à ia veille de la Fronde, on est encorebien plus frappé de cette incroyable et insolente manifestation de la puissance d’argentdu surintendant (1). Les travaux furent poussés avec une grande activité pour Fépoque;tout fut terminé en cinq ans. Des documents portent à deux millions cinq cent millelivres, ce qui en ferait au moins quinze de nos jours, les sommes qu’exigea cettefastueuse création. L’examen des lieux ne vient point démentir cette évaluation.D’Hémery, dit-on, ne voulait pas dépasser quinze cent mille livres; mais il fut entraînébien au delà de ses prévisions, malgré quelques retranchements tardifs opérés par LeMuet. Arrivé à l’apogée de son crédit et de sa puissance, le surintendant cru que tantd’argent enfoui à Tanlay pouvait lui permettre de lui imposer son nom. Des lettrespatentes qu’il obtint du roi, en 1647, déclarèrent, en effet, que Tanlay se nommeraitdésormais Hémery. Mais cette prescription fut éphémère : quelques partisans, tout auplus, s’y conformèrent; et d’Hémery mort, le lieu illustré par quatre grandes maisonsreprit son nom.

Les dépenses excessives faites à Tanlay par le surintendant s’augmentèrent encorede beaucoup d’autres prodigalités moins avouables ; si bien qu’à sa mort, il devait sixcent mille francs, en dépit de ses malversations. 11 ne laissa que deux enfants : un fils,le baron de Thorey, dont les extravagances ont fourni plus d’un trait à La Bruyère,mourut sans postérité. Ce fut la fille de d’Hémery, mariée à Louis IMiélypeaux de laVrillière, secrétaire d’Etat, qui recueillit la seigneurie de Tanlay avec ses dépendances.A Louis Phélypeaux , en faveur duquel la seigneurie de Tanlay fut érigée en marquisat,

l’Aigle el de Beauvilliers. Le Muet a publié ies plans, coupes et élévations des principaux édifices qu’il a construits. Gelouvrage, édité en MiGd, et fort connu des architectes, a pour titre : Manière de bien bâtir pour toutes sortes de per-sonnes , par Pierre Le Muet , architecte ordinaire du lîoi, etc. Au nombre des bâtiments figurés par cette collection, setrouve le château de Tanlay, mais complété, enrichi, embelli, et tel, sans doute, que Le Muel avait eu l’intention de letraiter, mais non pas tel qu’il le fil. Les plans sont régularisés, les appariements distribués autrement qu’ils ne le sontaujourd’hui ; les coupes montrent aussi des décorations intérieures qui n’ont jamais dû exister; les tours d’angle sontcoiffées de calottes sphériques, de coupoles avec lanternons, n’ayant aucun rapport avec ce qui existe. Le bâtiment duconcierge, ou portique d’entrée, se trouve terminé aussi par une vaste coupole quadraogulaire ; les combles sont cou-ronnés par une fort riche crcle, et les ailes sont entièrement achevées comme le bâtiment central. Bref, Le Muet , dansles gravures de la Maniéré de bien bâtir, nous montre un château de Tanlay complètement méconnaissable, mais beau-coup plus riche, beaucoup plus splendide encore que celui que nous avons relevé et publions aujourd’hui.

Le château de Tanlay a aussi été gravé à différentes fois par Israël Sylvestre , dans le magnifique recueil où sontreproduites les résidences les plus remarquables du xvn e siècle. M. le marquis de Tanlay, amateur éclairé desbeaux-arts, s’est plu à réunir les diverses gravures exécutées par Sylvestre sur son château. Ces gravures, si nous nefaisons erreur, sont au nombre de treize ou quatorze, et quelques-unes d’elles peuvent passer pour de véritables chefs-d’œuvre.

(1) BTIémery ne se borna pas à élever les constructions que nous montrons dans notre plan ; il agrandit aussi le parcde Tanlay, et lit construire des murs de clôture dont le développement est d’environ 4400 mètres. Ou peut juger parlade la quantité d’ouvriers de toute sorte qui furent occupés à ces divers travaux, de 1G43 à 1048. M. Eugène Lambert ,régisseur actuel du château de Tanlay, a retrouvé, dans un ancien état de comptes conservé au château, le nom desmaîtres ouvriers qui travaillaient sous les ordres de Le Muet . 11 n’est peut-être pas inutile de faire connaître cesouvriers de mérite, parfaitement oubliés â cette heure. C’est d’abord Hugues Postel, maître maçon, entrepreneur duchâteau; pois, Varambouville , maître juré de charpenterie ; Nicolas Lejeune, appareil leur; Lobé, sculpteur. Deuxbarbiers chirurgiens étaient installés à Tanlay pour soigner les ouvriers blessés ou malades.