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Tome troisième.
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DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.

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les traditions : les dires locaux sont utiles à connaître ; ils ont droit en bien des cas à sup-pléer l’écriture, et souvent ils l’éclairent et la font comprendre. Mais, à notre sens, quandils sont isolés, on doit y voir tout au plus des commencements de preuves ; et quand ilsne sont pas confirmés par les témoignages, surtout par les événements un peu graves,nous nous croyons autorisé à les mettre en suspicion. — C’est le cas précisément pourle sujet qui nous occupe. Sur quoi s’appuie en effet M. de Buzonnière? Sur une tradition,et une tradition isolée ; et cette tradition aussi insuffisante doit assurer un des faits lesplus sérieux du protestantisme, la première réunion tenue au grand jour, à la face d’uneville entière. Les premières années de la religion réformée sont relatées une à une dansles écrits des réformateurs, c’est-à-dire dans les mémoires, les histoires et les lettres ; onpourrait composer une bibliothèque avec leurs manuscrits et leurs ouvrages imprimés ;et un événement aussi considérable que la première réunion tenue en public, réunionosée malgré péril de mort, et tentée avec succès, aurait échappé à leurs récits ! C’estvraiment impossible, et le seul fait de leur avoir échappé suffit pour tout mettre en doute.

Mais examinons la chose en elle-même et dans ses rapports avec les phases bienconnues du protestantisme. Ce mot assemblée, employé par MM. de Buzonnière et Godou,peut avoir deux sens ou bien il s’agit d’un synode ou réunion de pasteurs protestantsmettant en commun leurs lumières pour discuter les intérêts du nouveau culte ; ou bienil s’agit d’une assemblée de simples fidèles, hommes et femmes, se réunissant en pleinjour, au su et au vu des Orléanais , pour célébrer leur religion, écouter la parole deDieu , recevoir la communion et chanter des psaumes. Mais aucun de ces deux sens nepeut s’accorder avec les faits. Si l’on veut parler d’un synode, il faut oublier les deuxpremiers synodes tenus, l’un à Paris et l’autre à Poitiers : l’un à Paris , le 20 mai 1559,dans une maison du faubourg Saint-Germain, sous la présidence de François Morel, sieurde Gallonges, assisté des députés des églises de Dieppe, Saint- 1 V Paris, Angers, Orléans ,Tours, Châtellerault, Poitiers, Saintes, Saint-Jean d’Angely et Marennes , conventiculeaussi hardi qu’important, où les réformés calvinistes osèrent braver une mort presquecertaine en s’assemblant dans la car‘taie du royaume, sous les yeux mêmes de la cour,et où ils rédigèrent une confessLr foi et établirent une discipline commune à toutesles Eglises de France ; l’autre sv ode, tenu à Poitiers en 1560 ou 1561, suivant lamanière de compter, synode si funeste aux intérêts du protestantisme par son immix-tion intempestive dans la politique, car il indisposa Catherine de Médicis jusque-là favo-rable aux réformés, en rédigeant un mémoire pour demander l’exclusion des femmesdu gouvernement de l’Etat et l’établissement d’une régence légitime.

Voilà les deux synodes qui ont précédé celui d’Orléans , où l’on s’occupa surtout dequestions théologiques. C’est sans doute à celui-ci que l’on fait allusion en désignant lamaison d’Alibert comme ayant servi à une réunion importante. Mais alors il ne faut pasdire avec M. de Buzonnière, qu’il s’agissait de la première assemblée publique, et il nefaut pas dire, avec M. Godou, quelle a eu lieu en 1561, mais en 1562, confusionparfaitement explicable, à cause de la manière de compter qui a changé sous le règne deCharles IX .