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PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
Voyons à présent la deuxième hypothèse, celle d’une assemblée de simples fidèles.Puisque deux synodes avaient eu lieu, l’un en 1559 et l’autre en 1560, et avaientaffirmé au grand jour le calvinisme, il est clair que pendant ces deux années avant1561, on avait vu des réunions beaucoup moins importantes. De plus, il est prouvé parles faits que jusqu’à la paix de Cateau-Gambrésis, on accorda aux réformés une demi-tolérance : il s’ensuit naturellement que des assemblées de simples fidèles et des assem-blées publiques ont eu lieu dans les villes avant l’année 1561. Enfin, sous le règne deFrançois II , il y eut des alternatives de douceur et de sévérité, à un tel point, qu’auxyeux de bien des historiens, l’édit d’abolition d’Amboise aurait accordé aux protestantsle libre exercice de leur culte. Il est vrai que l’édit de Piomorantin ne tarda pas à paraître,édit rigoureux qui défendit tout conventicule sous les peines portées contre le crime delèse-majesté. Mais on peut affirmer, sans appréhender d’aller trop loin, qu’entre cesdeux édits, bien des réunions ont eu lieu ouvertement avant celle de 1561 formée chezd’Alibert, dans sa maison du Marché à la volaille. Nous ne pouvons donc accepter l’impor-tance attribuée par la tradition à la maison de ce calviniste (1).
(1) Orléans a joué un très-grand rôle dans les guerres de religion : au point de vue architectural, on ne saurait trop ledéplorer. Nous allons emprunter à M. de Buzonnière une page brillante où sont exposés les dégâts dus aux fureurs desdeux partis.
« En 1562, la faction protestante est complètement maîtresse de la ville. Les religieux augustins sont dispersés par laforce ; leur couvent pillé devient une citadelle. Les églises de Saint-Avit, de Saint-Etienne , de Saint-Germain, de Saint-Hilaire, de Saint-Liphard, de Saint-Marc, de Saint-Michel, de Saint-Sulpice, de Bonne-Nouvelle, le couvent des Récollets,la chapelle de Saint-Antoine, sont démolis, les uns complètement, les autres en partie. Les délicieux portails construitsdepuis un demi siècle à peine, aux pignons occidentaux de Saint-Paul et de Notre-Dame de Recouvrance, sont mutilés,ainsi que la plupart des légères sculptures qui ornaient les chapelles du grand cimetière ; les statues et les ornements desportails de Saint-Aignan et de Sainte-Croix ont le même sort. L’abbaye de Sainte-Euverte, le couvent des Carmélites, sontsaccagés, ainsi que les églises de Saint-Benoît du Retour, de Saint-Flou, de Sainte-Marie, de Saint-Hilaire, de Saint-Sulpice, de Saint-Pierre le Puellier, de Saint-Donatien ; les trésors de Saint-Aignan, de Saint-Paul et les objets précieuxque renfermaient les lieux déjà cités sont pillés. Le couvent des Cordeliers se change en arsenal. Tandis que de nom-breux ouvriers y fondent des canons et des boulets et y fabriquent des affûts, les soldats s’amusent à détruire les tombeaux.La cour Neuve, qui était alors une véritable forteresse, devint le réceptacle du butin ; son toit fait place à une plate-forme hérissée de canons.
» . En 1567, les protestants s’armèrent de nouveau : leurs troupes, favorisées par les sectaires de l’intérieur, s’em-
parèrent d’Orléans , sous la conduite du capitaine Delanoue, et le vandalisme signala encore leur triomphe. Le couvent deBJacobins, les églises de Saint-Aignan, de Saint-Eloi, de Saint-Pierre V- ntelée, de Saint-Samson, de Saint-Maclou, deSainte-Catherine, de Saint-Paterne, de Saint-Michel, rue Bourgogne, a mt-Pierre-Lentin, de Saint-Victor, de l’alleuSaint-Mesmin, de Saint-Marceau, de Saint-Vincent, de Saint-Marc, de Saint-Jean Leblanc , subissent de nouveaux outrages.Les beaux vitraux de Notre-Dame des Forges, et de la partie de Saint-Eloi dédiée à saint Maurice, volent en éclats ; lacharmante tourelle de la chapelle Saint-Jacques, la statue du saint, de plomb doré, qui lui sert d’amortissement, presquetoutes ses sculptures intérieures et une partie de celles qui décoraient sa façade, tombent sous le marteau des protestants.Le cadran est arquebusé comme point de mire : on y voit encore à présent la trace des balles. Le monument élevé à lagloire de Jeanne d’Arc portait en lui-même une double cause de ruine : les images de la Vierge et du Christ s’y voyaientà côté de celle d’un roi de France ; il est brisé. Enfin une explosion détruit l’église des Cordeliers, transformée en ma-gasin à poudre.
» Sainte-Croix restait encore. Le prince de Condé n’avait pas cessé de protéger ce monument. Pour le soustraire plusfacilement au marteau des démolisseurs, il en avait fait murer les portes ; soins inutiles. Dans la nuit du 23 au 24 fé-vrier 1568, Théodore de Bèze et une troupe de ses plus furieux sectaires pénétrèrent dans l’église par une fenêtre, sapentles quatre gros piliers de la croisée, qui soutiennent le clocher, et remplacent les pierres enlevées par des poteaux aux-quels ils mettent le feu. En un instant le clocher s’abîme, et avec lui toute l’église, sauf les chapelles du rond-point.
» Un moi3 après ce déplorable événement, un nouveau traité de paix désarmait les deux partis, mais il ne put éteindrele désir de la vengeance. Les catholiques, assurés cette fois d’un triomphe durable, ne craignirent pas d’user de représailles.Ils firent moins de ruines, parce que moins d’édifices s’offraient à leurs coups. Trois prêches situés rue des Carmes, auChâtelet, près des Halles, furent détruits, et la dévastation s’étendit à toutes les maisons particulières soupçonnées d’avoirservi à des réunions protesantes. » (De Buzonnière, Histoire architecturale de la ville d'Orléans, t. I er , p. 177 et suiv.)