Band 
Tome troisième.
Seite
44
JPEG-Download
 

44 PALAIS, CHATEAUX, HÔTELS ET MAISONS.

règne de François 1 er ; mais le style de l’architecture et le caractère de l’ornementationrappellent davantage les belles années de Henri II : à cinq ou six ans près, on pourraitmôme fixer cette date, et indiquer 1550 ou 1555 comme le moment probable de safondation. Si les chiffres inscrits au campanile se trouvaient gravés dans la pierre, ondevrait, jusqu’à un certain point, les mettre en ligne de compte ; mais ils sont peints, etpeuvent avoir été ajoutés après coup.

Le monument, on s’en doute, n’est pas tel à présent qu’il a été bâti par le fondateur :on n’a pas touché, il est vrai, à sa disposition essentielle; on n’a pas ajouté auxconstructions primitives ; le plan général est encore celui d’un corps de logis carré, flanquéaux angles de pavillons carrés aussi et en saillie, plan que l’on voit fréquemment adoptédans les édifices de cette nature et de cette époque. Ainsi le château de Martainville, situédans le même département, offre une disposition analogue, avec cette exception que lespavillons d’angle sont remplacés par des tours rondes. Les dimensions en sont un peu plusgrandes, et de ces deux édifices normands, Martainville, qui est le plus ancien, rappelledavantage le caractère défensif des manoirs féodaux. A Bailleul, ce caractère se montreencore, mais tellement amoindri, atténué, qu’on doit y voir un parti pris de décorationbeaucoup plus qu’un souvenir du passé. Le seul détail qui pouvait rappeler un peu laforteresse déjà modifiée au siècle précédent, était le large fossé creusé profondément aupied de l’édifice. Aujourd’hui, ce fossé n’existe plus, on l’a comblé dans tout son parcours.Son absence est à regretter, à coup sûr ; mais ce que nous regrettons plus vivementencore, ce sont les modifications apportées aux façades, et surtout à la façade principale^En considérant l’édifice sous tous les aspects, nous avions été frappés de cette singularitéque le modeste et obscur monument de la Renaissance était, pour ainsi dire, tout enfenêtres, et que les murs pleins n’avaient pas d’étendue. De là nul repos pour les yeuxet un désaccord évident dans les conceptions de l’architecte. Pourquoi ce grand nombrede fenêtres? Quelle en pouvait être l’utilité ? En examinant les choses de plus près,nous avons reconnu, non pas des différences de lignes, mais des différences de maçon-nerie : à certaines ouvertures les matériaux ne ressemblaient pas absolument à ceuxqu’on voyait à d’autres ; ils paraissaient mieux conservés, plus récents. Une fois lemonument terminé, et longtemps après, on avait ajouté des fenêtres ; on avait, à n’enpas douter, élargi plusieurs des baies existantes. Nos conjectures étaient fondées.M. le marquis de Bailleul en a eu la preuve en retrouvant un vieux dessin représentantle château dans son état primitif. Un géomètre de la fin du xvi e siècle ou du commence-ment du xvii e , en avait tracé l’élévation assez naïve, il est vrai, dans un des coins d’unvaste plan de terre où se voyaient le parc et ses dépendances ; le plan du château y étaitjoint aussi. Ce dessin, malgré ses imperfections, nous a permis de reconstituer l’édificeà peu près tel qu’il était sorti des mains de l’architecte. Nous n’avions guère pour celaqu’à supprimer les ouvertures ajoutées, et '* ramener à leur véritable grandeur cellesqu’on avait élargies. La façade que nous présentons (planche II) est le résultat de cetravail, de restitution.

Il est un point cependant qui nous avait longtemps paru douteux: malgré le vieux