14 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
Parmi les maisons vraiment intéressantes, il faut surtout nommer, dans l’ancienne courdes halles, l’hôtel d’Étienne Duval, bâti sous Henri II , et converti à cette heure en impri-merie. Cet édifice est remarquable par ses galeries et par un magnifique escalier. Ensecond lieu vient l’hôtel de la Monnaie, auquel des tourelles disposées en encorbelle-ment, viennent donner un aspect des plus pittoresques et un caractère peu commun.Dans ces divers hôtels, le style de l’architecture française nous paraît avoir subi unecertaine influence de Part italien de cette époque, et c’est là une des curiosités aux yeuxdes connaisseurs. L’hôtel de Than, qui se trouve à l’entrée de la rue Saint-Jean, est aucontraire resté fidèle aux traditions de l’art français : il continue le moyen âge à traversla renaissance. Il faut, après cela, nommer aussi, bien qu’il soit hors de la ville, le manoirdit des Gendarmes, élevé sur le bord de l’eau, en face d’une prairie. C’est une sorte decastel fortifié, construit sous Louis XII et surmonté de deux statues de pierre représen-tant des soldats dans une attitude menaçante.
Un grand nombre de villes du Nord sont bâties de pans de bois ; l’usage presque exclu-sif de cette matière fut très-commun en France jusqu’à la fin du xvi e siècle. Une ordon-nance des États de Blois défendit alors cette façon de bâtir ; mais l'ordonnance fut souventéludée. Ces maisons montraient un luxe relatif, et quelques-unes sont encore de véri-tables chefs-d’œuvre d’architecture et de décoration. La ville de Caen possède d’assezcurieux échantillons de ce genre de construction. Nous citerons particulièrement deuxmaisons contiguës dans la rue Saint-Pierre (n os 52 et 54) et toutes celles du « Montoîrde la Poissonnerie ».
Mais toutes ces merveilles de pierre ou de bois ont disparu ou vont disparaître : onaligne, on nivelle ; on rend plus commode assurément, mais on rend souvent moins beau,moins gracieux. Nous sommes au xix e siècle, et Paris est envié par toutes les villes deprovince. Aussi Caen n’est-il plus ce qu’il était il y a vingt ans. Nous avons eu de la peineà le reconnaître lorsque nous avons été, à dix ans de distance d’une première visite,dessiner l'hôtel qui fait le sujet de cette monographie et dont il est temps de parler.
II
Donc, parmi les monuments intéressants de la ville de Caen , il en est un que nousavons choisi de préférence et devant lequel nous conduirons nos lecteurs : cet édifice,remarquable à tous égards, est l’ancien hôtel d’Écoville, la Bourse aujourd’hui, et plusconnu, surtout il y a quelques années, sous le nom à'Hôtel du Grand cheval. La dénomi-nation n’est pas noble, et elle rappelle un peu trop ces maisons si fréquentes sur les routes,à feutrée des villes et des villages, annoncées aux piétons et aux cavaliers par uneenseigne où figure un quadrupède quelconque , avec cet exergue : Hôtel du Chevalblanc. Que le lecteur se détrompe : 11 ne s’agit pas d’une de ces auberges vulgaires dontl'aspect pittoresque est souvent l’unique mérite et encombrées au dehors et au dedans dechariots, de chevaux robustes et de valets d’écurie. Nous parlons au contraire d’un mer-veilleux édifice, élégant, gracieux, bien exécuté, enrichi sur toutes ses faces de sculp-