16 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
xix e chapitre de l’Apocalypse . Comme ces lettres ne sont pas gravées, je crois qu’ellessont écrites il n’y a pas longtemps ; mais il y a un marbre tout au haut où il est écrit : Etc’était son nom, la parole de Dieu . »
La description du médecin Dubourg est assez confuse, et l’on voit aisément qu’elle n’estpas d’un écrivain ; mais elle suffit à tout faire comprendre : elle montre un rapport évi-dent entre le premier bas-relief et la citation de l’Apocalypse insérée plus haut. Ce rap-port est aussi manifeste entre la citation que nous allons faire encore et le second de cesdeux bas-reliefs. Nous verrons ainsi, dans un langage ardent, vif et clair, ce que le cor-respondant de Huet nous a à peine indiqué dans un style embrouillé et incolore. Voici lacitation :
« Alors je vis un ange debout dans le soleil, qui cria d’une voix forte, en disant à tous» les oiseaux qui volaient par le milieu de l’air : Venez et assemblez-vous pour être au» grand souper de Dieu , pour manger la chair des rois, la chair des officiers de guerre,» la chair des puissants et la chair des chevaux et de ceux qui sont dessus, et la chair dejo tous les hommes libres et esclaves, petits et grands. Et je vis la bête et les rois de la» terre et leurs armées assemblées pour faire la guerre à celui qui était sur le cheval» et à son armée. Mais la bête fut prise et avec elle le faux prophète, qui avait fait des» prodiges en sa présence, par lesquels il avait séduit ceux qui avaient reçu le caractère» de la bête et adoré son image. Ces deux, c’est-à-dire la bête et le faux prophète, furent» jetés tout vivants dans l’étang brûlant de feu et de soufre. Le reste fut passé au fil de» l’épée qui sortait de la bouche de celui qui était sur le cheval, et tous les oiseaux du» ciel se soûlèrent de leur chair. »
Voilà les versets de l’Apocalypse : on voit assez, en comparant le texte biblique et lesdescriptions rapportées plus haut, si le savant Huet et ses correspondants, le médecinDubourg et le père de la Ducquerie, se sont trompés dans leur opinion. Ces deux mor-ceaux de sculpture, le bas-relief inférieur et la statue équestre qui le surmontait (exécutésen ronde bosse, affirme-t-on), ont été brisés en 1793. L’imagination populaire ne s’yétait pas trompée : dans son interpellation, elle s’était rencontrée avec les archéologues,et, poussée par le mouvement révolutionnaire, elle avait exercé dans l’hôtel du Grandcheval les ravages antireligieux qu’elle s’était permis dans les églises.
Quel fut l’auteur de ce bas-relief sculpté au tympan de la porte et de la statue équestrequi dominait la façade entière de l’hôtel? Suivant M. Trébutien , conservateur adjoint dela bibliothèque de la ville de Caen , ce serait Biaise Leprestre, architecte de l’hôtel, quiles aurait produits. « Dans ce cas, dit M. Trébutien , il aurait été aussi un habile sculp-teur et tailleur d’images. Il n’y a rien là d’impossible ; car on sait qu’au moyen âge et àla renaissance ces deux professions se trouvaient souvent réunies, et, à l’époque memeoù vivait Biaise Leprestre, Michel-Ange en offrait encore un illustre exemple. »