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Tome quatrième.
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18 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

» Les troubles qui avaient agité Paris dans les journées du 13 et du 14 juillet com-muniquaient à toute la France un ébranlement. La disette des blés tenait surtout la Nor-mandie en rumeur. Le peuple de Caen , persuadé que les accapareurs étaient cause dela famine, vint demander en armes et avec des menaces qu’on les lui livrât. Les autoritésde la ville lui permirent de brûler, s’il en trouvait, les magasins où de riches proprié-taires entassaient les grains. Une bande de turbulents se répandit alors dans tous lesquartiers de la ville et incendia deux maisons. Gela fait, la colère du peuple se calma, etle conseil de la ville ayant pourvu de son mieux à l’approvisionnement des marchés,tout rentra dans l’ordre.

» Le comte Henri de Belzunce, avec la témérité d’un jeune homme de dix-huit ans,se montra dans cette journée pour les mesures violentes. La conduite sage des autoritésde la ville lui fit pitié, et pour son compte il eût voulu que l’on comprimât de tels mouve-ments par la force des armes... Plus tard, une pyramide ayant été élevée à Caen , devantl’église Saint-Pierre, en l’honneur du rappel de Necker, le ministre à la mode, toute laville vint assister à l’inauguration. Ce jour-là, Henri de Belzunce passa sur la place àcheval et regarda le monument avec un sourire insultant. Nargué dans ses affections, lepeuple le poursuivit d’un long et sourd murmure.

» Le 1 1 août, à dix heures et demie du soir, un officier du régiment de Bourbon quirefusait de répondre au qui-vive, fut tué par une sentinelle bourgeoise sur le pont deVaricelles . Aussitôt la ville fut en rumeur ; on se dit que la garnison va faire un mouve-ment sur la ville et qu’il faut la prévenir. Le cri « Aux armes ! » s’élève de la foule endésordre, et l’on marche sur la caserne. Celle-ci était découverte et dominée sur sesderrières par les hauteurs de la ville ; ou eut soin de les occuper avec du cation. Lerégiment étant alors cerné tout à l’entour par le peuple et contenu d’en haut par l’artil-lerie, Henri de Belzunce jugea la résistance impossible : il eût pu tenter un coup déses-péré, mais il ne voulut pas compromettre la vie de ses soldats et il se rendit.

» Il était une heure du matin. On conduit le comte à l’hôtel de ville. Un gros de gardebourgeoise le serrait étroitement, le peuple suivait. Le comité voulant mettre la tète deHenri de Belzunce à l’abri des fureurs de la populace, et jugeant l’hôtel de ville trop peufortifié, donna ordre de le conduire au château. Le château de Caen, bâti par Guillaumele Conquérant dans la seconde moitié du xf siècle, était une citadelle entourée de grosmurs, avec un pont-levis, un donjon et une église : le donjon a été abattu. Il fallait tra-verser, pour y arriver de l’hôtel de ville, deux places et une ruelle dite le Mantoir duchâteau. Ce fut cette nuit-là, pour le comte Henri de Belzunce, une vraie montée de cal-vaire. Tenu au collet par les rudes mains des gardes nationaux de Caen , il marchaitentre une double haie de vociférations et d’injures. ^La milice bourgeoise elle-même,pour plaire à la multitude et aussi pour satisfaire ses haines brutales, l’insultait lâche-ment. Comme il montait la ruelle, on lui serra sa cravate autour du cou à l’étouffer; degros genoux le poussaient rudement par derrière, et son pied ayant butté contre uncaillou, le comte reçut un soufflet.

» Dans la foule, on parlait de dénonciations venues de Paris . Quelques soldats débau-