DU XV e AU XVIII e SIÈCLE.
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chés par les bourgeois avaient parlé contre leur chef. Il s’en trouva môme qui déclarèrentavoir reçu du comte l’ordre d’arracher la médaille au régiment d’Artois. Tous ces bruitsétaient encore envenimés par des propos de femmes : une fille du quartier Saint-Sauveurdéclara tenir de son amant, sergent au régiment de Bourbon, que l’intention de leurchef était depuis longtemps de faire un mouvement ‘sur la ville. Les familiarités du
comte avec ses soldats ne manquèrent pas d’être tournées en accusation et de lui êtreimputées à mal : tous confessèrent qu’il couchait à côté d’eux au corps de garde, sur desbottes de paille, qu'il buvait môme quelquefois à leur santé, et qu’il leur tenait des dis-cours touchants qui tiraient les larmes des yeux. On conclut de tout cela que le comteHenri de Belzunce était un ennemi public.
» Le peuple serrait de plus en plus les abords du château; bientôt il force la porte etenvahit le donjon. Le comte, pale et défait par les horreurs d’une pareille nuit, reçoitau fond de son cachot le choc impétueux de cette foule irritée. Sans répondre auxattaques et aux mauvais traitements, il demande d’une voix ferme à être conduit àl’hôtel de ville, devant le comité. Le cri « à l’hôtel de ville! » ayant aussitôt gagné cettemultitude en démence, on y conduisit le prisonnier. Ce fut encore une voie douloureuse.11 lui fallut traverser la foule, les injures et les coups. Arrivé sur la place Saint-Pierre,devant l’hôtel de ville, le cortège s’arrêta à cause de ta populace qui grossissait toujours :l’église, les maisons, les places, étaient noires de têtes. Il était dix heures du matin. Alorsun coup de feu partit, on ne sait d’où, et frappa le comte Henri de Belzunce d’une balleà l’endroit du cœur (1). Il tomba. Au môme instant, toute cette multitude avide se préci-pita sur son cadavre. Des actes de la cruauté la plus dégoûtante se consomment à froidsur les restes de la victime. On dépouille le mort, on l’insulte, on lui crache à la face ;sa tête est coupée et mise au bout d’une pique ; ses membres, divisés et attachés à desbâtons, sont promenés par toutes les rues de la ville. Enfin, une femme lui ouvre la poi-trine avec des ciseaux, en tire le cœur entre ses mains ensanglantées et l’emporte. »
Voilà bien la tragédie révolutionnaire, non plus la belle, grande et noble tragédie,celle des combats, frappant un ennemi debout, mais le respectant une fois à terre. Noussommes ici en plein drame ou plutôt en plein mélodrame : n’y aurait-il pas consciencepour nous de laisser le lecteur sous une impression aussi terrifiante? Nous voulons, aucontraire, lui faire oublier, s’il se peut, ce sanglant épisode de 93, en lui racontantun fait moins lugubre, et réparer en même temps un oubli involontaire.
Bans un poème assez insipide, à qui M. Trébutien, induit en erreur par l’amitié,a fait les honneurs de l’insertion dans son Guide de la ville de Caen , nous avions luces vers qui nous avaient paru difficiles à comprendre :
Nous avions remarqué les rîclies armoiriesDe votre hôtel de Than, quî par-dessus les toitsSe dresse, mais, jaloux peut-être et peu courtois,
(1) D’après la tradition locale, c’est dans la
cour même de l’hôtel et devant la statue de Judith que le cadavre a été
traîné, puis massacré par le peuple.