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PALAIS. CHATEAUX. HOTELS ET MAISONS.
Blessé d’un voisinage honneur de notre ville,
Envoie un nain grotesque à l’hôtel d’Eeoville,
Qui, pareil à Chambord, ce palais de l’Amour,
Lève orgueilleusement ses lanternes à jour.
Voici l’explication de celte bénigne poésie. On remarque, à l'angle nord du pignon del'hôtel de Than, une petite figure ou marmouset tournée vers l’hôtel Le Valois, dansl’attitude la plus irrespectueuse. JJ’après la légende, et aussi d’après l’histoire, l’hôtelde Than et l’hôtel Le Valois ou d’Écoville furent bâtis en même temps. L’architecte dupremier de ces édifices, devancé ou surpassé par l’autre dans son œuvre, se vengeapar cette étrange insulte. Si la tradition dit vrai, ce ne serait là qu’une plaisanteried’un goût contestable et une pauvre et puérile vengeance.
IV.
L’hôtel d’Écoville est situé sur la place Saint-Pierre, en face de l’étonnante église dece nom, dont l’abside, entre autres parties, passe pour un véritable chef-d’œuvre.Présentement, l’œil du visiteur non renseigné a quelque peine à voir, dans la façadeactuelle de l’hôtel, la merveille dont lui ont parlé les guides artistiques et la renomméepublique. En effet, cette façade aux belles lignes, à la silhouette gracieuse et imposante,où la sculpture jouait un rôle important, est par malheur vraiment défigurée. Non-seulement, comme nous Pavons dit plus haut, le cheval apocalyptique et le bas-reliefdu tympan de la porte n’y sont plus, mais encore bien des parties de cette bellefaçade ont perdu leur caractère primitif. — On n’est plus en présence d’une grande etvaste demeure seigneuriale : les boutiques pratiquées au rez-de-chaussée sans respectdes moulures et autres membres d’architecture, les fenêtres murées ou changées d’axeet de dimensions, les lucarnes défigurées, la sculpture émoussée et parfois absente, et çàet là aussi les plantes grimpantes, ce jardin du pauvre, qui encadrent les baies mutilées,font bien voir que les seigneurs d’Écoville sont loin, et que nous ne sommes plus auxbeaux jours de ce palais de la Renaissance. À cette vue, on éprouve d’abord une certainedéception. Quoi ! voilà l’édifice qui de l’aveu de tout le monde, artistes ou amateurs, estun chef-d’œuvre, un édifice historique s’il en existe, situé au centre même de la ville,un édifice que des architectes éminents sont venus relever dans tous ses détails pours’en inspirer hautement dans une construction récemment élevée à Paris ; et cet édifice,cet hôtel unique en France peut-être, ce bijou de notre art architectural, est négligé à cepoint ! Les gens de goût font donc défaut dans la ville de Caen , si peuplée pourtantde monuments splendides ? Nous n’oserions soutenir une chose semblable, et nousconnaissons plus d’un habitant de la vieille cité normande qui serait en droit de protestercontre nos paroles. Pourquoi alors ce délaissement inexplicable ? Les vieilles rues etruelles de Caen disparaissent, des quartiers entiers sont abattus. C’est bien : nouscomprenons que ces masures intéressantes, mais peu salubres, soient détruites. Nousavons à Caen, comme à Paris, comme à Lyon, comme à Marseille , comme partout dureste, besoin d’air et d’espace. Qu'on démolisse donc et qu’on perce de larges voies d’une