22 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISOXS.
d’immenses et lourdes ouvertures hors d’échelle avec les fins détails qui les entourent.Non-seulement l’extérieur de l’édifice a subi des transformations regrettables, mais lesappartements ne sont plus ce qu’ils ont été.
En B, est une construction moderne affectée au tribunal de commerce. Le petit bâti-ment teinté en gris, qui existe accolé à l’angle de l’avant-corps, est moderne aussi.
Un fait est à remarquer en ce qui concerne le plan de l’hôtel d’Écoville : c’est saparfaite régularité extérieure. Il présente un carré régulier auquel s’ajoute une seulepartie en avant-corps, dans laquelle est placé l’escalier principal. Cette façade posté-rieure devait être dans son état primitif d’un effet très-pittoresque et très-accidentécomme lignes ; il est malheureusement difficile d’en juger, maintenant que des construc-tions modernes empochent toute circulation de ce côté (1).
Nous remarquons dans tout l’hôtel deux escaliers seulement, et ces escaliers sontcirculaires. L’un est le grand escalier, ou escalier d’honneur, auquel on accède engravissant un perron de quelques marches, à l’angle droit de la cour ; l’autre, situéà l’angle opposé, est l’escalier de service, auquel on peut arriver aussi de l’extérieur.
Au point de vue de la variété, de la richesse décorative et de la pompe architecturale,c’est la cour de l’hôtel qui attire et fixe l’attention. 11 est difficile, en effet, de rencontrerquelque chose d’aussi parfait, d’aussi riche et varié. Rien n’a été épargné : l’ornementa-tion y joue un rôle important, et la statuaire, sur l’une des faces, a pu atteindre à uneperfection relative à laquelle le commencement du xvi e siècle français nous a assez rare-ment habitués. Mais, puisque nous sommes dans cette cour imposante et fastueuse, nonpar ses dimensions, mais par sa décoration originale et féconde, procédons avec un peude méthode, et décrivons Lune après l’autre les quatre façades dont trois sont reproduitespar le burin.
Après avoir traversé le passage voûté qui conduit à la cour, on se trouve en face ducôté le mieux conçu, à notre sons le mieux décoré (voy. planche 11). La structure, leslignes principales de cette façade, sont d’une étonnante hardiesse, et partant d’un heureuxagencement. Le regard n’aperçoit rien qui le choque : — point de ces décrochementsregrettables et assez fréquents à cette époque : la régularité n’a rien d’absolu, mais elleest suffisante, et consiste plutôt dans le parfait équilibre des choses que dans une symé-trie absolue. Mais ce qui, dans cette façade, atteint des proportions peu ordinaires, c’estla science du pittoresque architectural : l’architecte était, à ce sujet, passé maître, carnous voyons ici cette qualité, qu’il ne faut pas toujours dédaigner, produire un effetvraiment saisissant, et cela sans que les belles lignes du monument aient eu à en souffrir.Aussi, vue de l’angle de la cour, cette façade et celle qui s’y lie (la façade aux statues)forment par la perspective un véritable décor d’opéra où. l’imagination ne voit rien àdésirer, où l’artiste n’aurait qu’à copier (2).
(1) Au moment où nous dessinions l’hôtel d’Ecoville, un grand ahatis de maisons se faisait dans le voisinage. Nousespérons que toutes les masures qui masquaient cette partie intéressante de l’édifice sont maintenant détruites. On pourraitvoir, de cette façon, se dessiner les combles hardis de l’hôtel et la silhouette élégante des lanternes se découper sur le ciel.
(2) Voyez à ce sujet une collection de belles lithographies sur l'hôtel d’Écoville et autres monuments de Caen , exécutéespar M. Georges Bouet , artiste de cette ville.