38 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
partout d’ornement en ornement, sans trouver une seule place pour y prendre repos.Et, cependant, il faut bien le dire, rien ne choque dans cette étrange richesse, tout estbien à sa place : la structure générale et môme la disposition intérieure de l’édifice sontbien accusées ; les lignes sont fermes, les moulures fines, nerveuses, étudiées.
L’entresol surtout est remarquable ; l’appui de ses ouvertures est orné d’une suite demédaillons circulaires dont le cadre exquis devait contenir des portraits en relief ou defaïence émaillée. Deux génies ailés, munis de carquois, flanquent ces médaillons. Chaqueouverture de l’entresol est divisée par un meneau en forme de pilastre. L’appui des fenê-tres du premier étage contient un écusson couronné et entouré du collier de l’ordre deSaint-Michel , supporté tantôt par des animaux ailés, tantôt par des anges agenouillés ;puis des L couronnés par le milieu viennent combler le vide laissé par ce motif de déco-ration (voyez planche II).
Les trumeaux, d’une largeur assez étroite, sont dans toute leur hauteur munis depilastres rompus à la rencontre des corniches et ornés sur les montants d’arabesquesdont la finesse et la richesse tiennent du prodige. Une chose est à remarquer : au rez-de-chaussée et à l’entresol, les arabesques des pilastres sont peu saillantes, tandis qu’aupremier étage elles sont en ronde bosse et profondément fouillées. Les pilastres, disposésaux extrémités de la façade et de chaque côté de la porte d’entrée, offrent cette parti-cularité qu’ils sont enrichis, dans leur hauteur, de niches avec supports, et de dais enclochetons. Nous avons dit plus haut que ces niches, légèrement concaves, étaient pré-sentement privées de leurs statues. Ajoutons que les dais et les supports ont conservéune allure et un faire tout gothiques, tandis que les autres parties de l’édifice sont d’uncaractère franchement renaissance.
Nous ne quitterons pas cette belle façade sans signaler aussi la corniche supérieure,prodigieusement ornée, mais parfaite cependant et digne, en plus d’un cas, de servir demodèle.
La porte d’entrée, donnant rue du Petit-Salut, est conçue et décorée comme celle dela face principale, et n’offre rien de particulier à signaler.
IV
Nous voici maintenant rue de la Grosse-IIorloge, n° 103, devant la dernière maisondont nous ayons à parler dans cette notice. Elle est située, ou, pour mieux dire, elle étaitsituée à l’angle oriental de la rue des Belles-Femmes (1). Elle datait de l’année 1601, etse trouvait exempte de tout remaniement. Il est vraiment regrettable qu’elle ait disparu.
Elle offrait un caractère bien tranché que n’ont pas toujours les édifices de cetteépoque, et, de plus, l’exécution en était très-soignée. Au rez-de-chaussée, deux vastes
(1) Au moment où, munis de notre crayon et de nos instruments, nous faisions le relevé de cette maison remarquable,les maçons de leur coté armés de la pioche et du marteau accomplissaient sa destruction. Cette belle maison n’existe plus ;mais elle aura laissé d’elle un peu plus qu’une poussière. Nos dessins, nos gravures, aussi imparfaits qu’ils puissent être,suffiront peut-être à la sauver d’un oubli complet.