42 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS
de la chose qui vit et subsiste, il faudra recourir à des ouvrages spéciaux souventinexacts. C’est là une différence considérable ; un herbier ne vaut pas une prairie ; lanature verdoyante et vivace en dit toujours plus que le meilleur des catalogues. A Joigny ,du moins, on peut encore étudier sur le vif ; on y voit encore un assez grand nombre demaisons de bois des plus curieuses. Les charpentes ou pans de bois qui forment lastructure de ces maisons sont partout apparents et le plus souvent enrichis de sculpturesparfaitement exécutées. On y reconnaît une grande habileté de main et une science réelled’un genre de décoration très-cultivé autrefois.
Les constructions de bois à Joigny appartiennent pour la plupart à la Renaissance, etrappellent les derniers temps du règne de Louis XII et les premières années de celuide François I er . Quelques-unes cependant sont antérieures à cette époque, et peuventremonter au milieu et au commencement du xv e siècle. L’une des plus importantes, etcelle qui a le plus frappé notre attention, se voit à l’angle de la ruelle Saint-Jean, enface de l’église de ce nom. Cette habitation est entièrement de bois et décorée avecgoût. Malgré de regrettables remaniements, elle offre un des exemples les plus completsd’une construction élégante et régulière de la Renaissance. L’un des pignons trahitcependant une autre époque ; évidemment il a été remanié, et cette opération a dû avoirlieu après le grand incendie qui, le 12 juillet 1530, détruisit les deux tiers de la ville.La violence de cet incendie et l’état actuel de Joigny , où toutes les maisons anciennessont de bois, donnent à penser que ce genre de constructions était adopté dans la villeentière. On peut juger aussi, par ce qui subsiste, des beautés architecturales que l’incendiea détruites.
Ce léger coup d’œil sur la ville de Joigny doit être complété en signalant une égliseremarquable à plus d’un titre, qui se trouve dans le voisinage du château que nousallons décrire et autrefois dans son enceinte môme. Nous voulons parler de l’égliseSaint-Jean bâtie au xvi e siècle. Elle est fort ornée, et la voûte en berceau du chœuret de la nef attire particulièrement le regard par sa décoration formée de caissons etd’entrelacs compliqués.
Yenons-en à présent à l’objet principal de cette notice, au château malheureusementinachevé, qui, placé au sommet de la colline, signale de très-loin la ville de Joigny auxvoyageurs.
Nous parlerons successivement de ses destinées historiques, de ses différents possesseurs,des modifications qu’il a subies, et enfin de son état présent, heureux de relater des faitsassez intéressants qui, par une loi fatale, commune à plus d’un monument, disparaissentde plus en plus et s’effacent sous la main du temps.
Esquissons d’abord à grands traits l’histoire du château, et parlons surtout de deuxpersonnages qui ont joué un très-grand rôle pendant le xvn° siècle et au commencementdu xvm e .