I)U XV e AU XVI II e SIÈCLE
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IL
De to.us les possesseurs du château de Joigny, les plus marquants sont un Gondi et unVilleroy,et ils se sont signalés par des illustrations très-différentes, pour ne pas dire opposées.Le premier. Philippe-Emmanuel de Gondi , fut un vaillant soldat et un brillant hommede mer. Favori de Henri IV et de Louis XIII , il eut le commandement général des galèresde France, et en cette qualité il prit une part considérable au siège de la Rochelle . Seshardis coups de main, sa conduite habile, causèrent le plus grand, mal aux vaisseaux anglais et rochellois, et il rendit possible la construction de la fameuse digue qui décida du sortde la ville. Ce vaillant soldat, qui était ce qu’on appellerait aujourd’hui un philanthrope,améliora le sort des prisonniers et des forçats qu’il eut sous ordres. Après la mort desa femme, arrivée en 1623, il quitta ses dignités et ses charges. Ordonné prêtre, il seconsacra à la vie la plus austère et entra dans la congrégation de l’Oratoire , récemmentfondée en France . Il fut écarté du cardinalat par la jalousie de Richelieu et traité demême par Mazarin pendant la Fronde; puis exilé à diverses reprises à Clermont enAuvergne , à cause des intrigues de son second fils, le coadjuteur de Retz, et malgré ladésapprobation qu’il donna toujours à ses entreprises. Quand le coadjuteur rentra engrâce avec la cour, le père de Gondi put rentrer dans ses domaines. C’est alors qu’il vinthabiter son château de Joigny pour s’y consacrer entièrement dans l’oubli du monde à laprière et à la pénitence, et pour s’y préparer à la mort, qui arriva en 1662.
Le maréchal de Yilleroy eut une destinée tout autre. Accepté par les femmes, il futnommé le Charmant; accepté par Louis XIV et imposé à la France , il déploya au plushaut point les talents nécessaires à un favori. Il mérita de Saint-Simon cette terriblephrase : « C’était un homme fait pour présider un bal, pour être le juge d’un carrousel,et, s’il avait eu de la voix, pour chanter à l’Opéra des rôles de rois et de héros ; fortpropre encore à donner les modes, mais à rien du tout au delà. » Il prolonga sa faveurà travers deux époques bien différentes, pendant la vieillesse de Louis XIV et pendantla régence. Malgré la cour et malgré le régent, on pourrait dire malgré lui-même, àcause de sa nullité dans les matières les plus importantes, il sut durer jusqu’à la majoritéde Louis XV , et quand la faveur le quitta, il mourut bientôt plus qu’octogénaire. Sa viefut un des plus éclatants exemples de ce que peut l’esprit de conduite au service dequalités secondaires. D’une incapacité notoire comme général, il fut maintenu à la têtedes armées, malgré les revers les plus étranges. C’est sur lui qu’on fit ce couplet aprèsqu’il fut tombé au pouvoir de l’ennemi, qui, d’un autre côté, avait dû évacuer la ville deCrémone :
Palsambleu ! la nouvelle est bonneEt notre bonheur sans égal :
Nous avons recouvré CrémoneEt perdu notre général.
Il était né en 1643, il mourut en 1736.
A part ces deux illustrations de valeur si différente, il n’y a guère à parler des posses-