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Tome quatrième.
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50 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.

C’était une dépendance de Beaumont-le-Roger . La possession du fief de Beaumont parles'comtes de Meulan est, comme on dirait de nos jours, un des signes du temps. Elleindique en effet la puissance de ces seigneurs qui, postés sur la Seine , à quelques lieuesde Paris, tenaient en échec la royauté féodale , et ne lui permettaient pas de s’aventureren mince équipage hors des terres immédiates de sa vassalité.

Ces sires de Meulan faisaient alors bonne figure. Ils possédaient de vastes domainesdans cette partie de la Normandie qui entoure Évreux, ainsi qu’aux environs de Mantes et de Pontoise . À cette époque, posséder la terre, c’était posséder les hommes répartis sursa surface, et avoir des droits à la puissance militaire : à ce titre, ils jouaient un très-grandrôle et avaient des relations nombreuses avec les grands feudataires environnants ; mêmeavec ceux qui, à la suite de Guillaume le Conquérant , avaient passé la Manche et pris pos-session de l’Angleterre. Ainsi, nous voyons une Mathilde de Cornuailles épouser Robert IIde Beaumont-le-Roger, comte de Meulan .

Jusqu’ici le domaine de Beaumesnil n’a pas eu d’histoire proprement dite ; il n’a pasencore vécu à l’état de seigneurie indépendante ; il n’a pas donné son nom à une famillebien distincte et mentionnée dans l’histoire : il était dans la mouvance de Beaumont-le-Roger , et son histoire se confond avec l’histoire de ce dernier. Vint enfin l’époque où ilposséda une existence à part. Jeanne de Meulan, fille de Robert et de Mathilde, épousaRobert II, baron d’Harcourt, et eut pour apanage la terre de Beaumesnil . Le domaineresta dans cette maison, et le petit-fils de Robert II d’Harcourt prit le titre de Robert I er ,sire de Beaumesnil .

A partir de cette époque, jusqu’aux premières années du xv e siècle, le nom de Beau-mesnil apparaît plusieurs fois dans l’histoire. On connaît les noms de Crécy et d’Azincourt ,ces désastres qui ont signalé d’une façon douloureuse la longue querelle entre Anglais etFrançais , mentionnée par les chroniqueurs sous le nom de guerre de cent ans. Parmi lesgens d’armes qui se comportèrent le mieux à Crécy, on cite Robert III de Beaumesnil ,petit-fils de ce Robert qui donna au domaine une existence seigneuriale . Un autre Robertde Beaumesnil mourut des suites de blessures reçues à Azincourt , et en lui (1415) se ter-mina la série des barons de Beaumesnil de la maison d’Harcourt.

Après les barons de Beaumesnil de cette maison, vinrent les familles de Tournebu et deLorraine . En l’année 1514, le domaine dont nous esquissons l’histoire monte assez hautdans l’échelle des grandeurs humaines : il appartient à une reine qui s’intitule, dans sesparchemins, dame de Beaumesnil . Hâtons-nous de dire que la royauté dont cette noblefemme portait la couronne était une royauté illusoire, absolument comme ces duchés etces comtés dont nos gentilshommes français portent les titres sans posséder le terrain quileur donne droit à ce titre. Ne soyons donc pas étonnés que Philippe, dame de Beaumes-nil, se soit nommée reine de Jérusalem et de Sicile , sans pouvoir justifier ses prétentionsautrement que par des parchemins. La noble dame dont nous parlons ici, avec le sans-façon du xix c siècle, appartenait à la famille de Lorraine, qui fit plus tard mainte foliepour reconquérir la Sicile .

Charles de Lorraine, duc d’Elbéuf, vendit en 1604 le domaine de Beaumesnil à Jacques