DU XV e AU XVIII e SIÈCLE
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le Conte, seigneur cle Nonant. Ici commence l’histoire du château : il fut bâti, en effet,par le nouvel acquéreur (1), et le domaine dont il ornait le territoire monta de plusieursdegrés dans la série des titres nobiliaires et fut érigé en marquisat. Des alliances le por-tèrent successivement dans les familles de Bouton-Chamilly, de Martel, de Béthune-Cha-rost, et enfin dans celle des Montmorency. Il faut être un d’Hozier ou un rédacteur desnobiliaires pour accorder toute son attention à ces noms de Charost, de Martel et de Cha-milly, mais chacun connaît la noble race à laquelle appartiennent les Montmorency. Lesplus beaux noms de cette famille illustre, ceux qui ont marqué les règnes de Henri II , deCharles IX et de Henri III , nous échappent forcément ; mais, à partir de ce prince, nousentrons, en qualité de chroniqueur, en possession de cette famille.
Le plus connu des Montmorency qui ait possédé le château de Beaumesnil, est lecomte nommé plus tard duc de Montmorency, qui s’illustra dans les dernières années duxvm e siècle et au commencement du xix e : il fit ses premières armes en Amérique à lasuite de Lafavette et de Rochambeau, et fut député de Monfort-l’Amaury à l’Assembléenationale. Il fut des plus ardents à proposer la vente des biens du clergé, et dans la nuitdu 4 août il appuya fortement la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen . Cedémocrate, issu de la noblesse, avait des retours de gentilhommerie. Un jour Rivarol lesalua du nom de Mathieu Bouchard. — Grand étonnement de Mathieu de Laval, comtede Montmorency : il trouvait l’appellation un peu bourgeoise, et cependant elle était con-forme à ce que lui-même avait désiré ; il avait proposé, en effet, d’abolir les titres denoblesse et de réduire chacun à prendre le nom de fauteur de sa race. Rivarol lui en fai-sait sentir le ridicule. — Effrayé du jacobinisme, il émigra en Suisse , où il demeuralongtemps auprès de Madame de Staël ; et quand il revint à Paris , en 1795, il se tint dansune prudente réserve et vécut étranger aux affaires publiques. A partir de ce moment, ilse voua entièrement aux oeuvres de bienfaisance. Malgré son éloignement de la politique,il fut exilé en 1811 avec madame de Staël. Peu en faveur sous le régime impérial, ildevait prendre une revanche après 1814 et 1815. Il joua, en effet, un rôle actif sous laRestauration, devint ministre des affaires étrangères en 1821, et au congrès de Véronecontribua fortement à la guerre d’Espagne . Malgré la rareté de ses œuvres littéraires, ilentra à l’Académie française , appuyé par la coterie alors toute-puissante réunieà l’Abbaye-aux-Bois autour de madame Bécamier et de Chateaubriand. Enfin, ilmourut en 1826, laissant pour dernier souvenir son attachement à madame Récamier,dont il fut, avec Bail anche et Chateaubriand , un des adorateurs les plus fervents et lesplus assidus.
Le successeur du duc de Montmorency, mort récemment, légua le château de Beau-mesnil au comte de Maistre, dont il avait épousé la sœur (2).
Les Montmorency sont une des illustrations de notre pays les plus anciennes et les plusconnues. Les successeurs des Montmorency dans la possession de Beaumesnil sont unedes illustrations les plus récentes, il est vrai, mais aussi des plus glorieuses d’un pays qui
(1) De 1G32 à 1640.
(2) Une chapelle de style gothique a été bâtie en 1840 pour la sépulture de la famille à côté de l’église paroissiale.