58 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
ce château, dont la démolition se continuait, dit un chroniqueur, prouve que la destruc-tion était déjà entreprise. Il est vrai que les motifs de la vente paraissent être en faveurdes habitants d’Arnay ; il est dit, en effet, dans les conditions du contrat : « À chargeset conditions qu’aucuns immondices que l’on portait et jetait entre les fossés du chastelne serait jeté désormais, et aussi de faire curer et nettoyer les restes desdits fossés. » Le17 mai 1593, un marché est conclu par les échevins pour faire opérer la démolitionjusqu’au raz de terre de la tour dite du Fer à cheval de la Motte d’Arnay.
Un autre château restait à Arnay-le-Duc, château gracieux et jadis magnifique,empreint dans toutes ses parties du génie élégant et doux particulier à la Renaissance.II remontait à François I er , c’est-à-dire aux plus heureuses années de l’architecturefrançaise . Ce château était dû à une famille arnétoise, aux Juilly, antique et vénéréefamille de robe, dont les descendants sont encore à Arnay. A tous égards, la vieilledemeure du xvi e siècle intéressait la cité, et voilà que par un marché hâtif il sort pendant,la révolution du domaine public pour être exposé à tous les hasards de la propriété parti-culière. Il descend de degré en degré jusqu'à servir d’usine, et enfin, un jour, dégradé,n’en pouvant plus d’abandon et d’incurie, il est dédaigné, méprisé dans ses œuvres vives,démoli pour ses œuvres accessoires splendides et pleines de goût, il est vrai, enlevéesd’enthousiasme par un amateur éclairé, pour la décoration d’un château en construction.Les pierres, les poutres, les charpentes, les serrures, se débitent et se dispersent ; leterrain se dénude ; et ce château qui fit l’orgueil d’Arnay ne vit plus que dans nosgravures, reproduction fidèle mais incomplète d’un monument dont nous avons lepremier peut-être deviné, proclamé la splendeur passée, comme on devine, comme onadmire, sous les traits d’une femme déjà sur le retour, les lignes régulières, l’éléganceet la grâce qui ont fait l’admiration de ses contemporains (1).
II
Avec l’année 1632 commence véritablement l’histoire de notre château. Ce jour-là,en effet, la municipalité, ou bien l’échevinage, comme on disait autrefois, prit unedélibération dont les conséquences eurent pour effet de faire sortir le manoir d’Arnaydu rôle assez obscur où il était demeuré jusque-là.
On connaît assez par les historiens Son Altesse Henri de Bourbon Condé, qu’onnommait monsieur le Prince, et qui fut le père du grand Condé , auparavant ducd’Enghien. Homme de guerre au-dessous du médiocre, mais politique habile à la modedu temps, c’est-à-dire sans fidélité et sans scrupule, il entra en diverses entreprisescontre Marie de Médicis , fut arrêté en 1616, tenu en prison jusqu’en 1619, et dès
(1) C’est à la simple vue de nos dessins, et avant même qu’ils fussent gravés, que M. Bourouet, grand admirateur del’art de la Renaissance, et, ce qui ne gâte rien, possesseur d’une grande fortune, envoya un de ses représentants pour voiret acquérir le château d’Arnay-le-Duc. Le marché fut conclu le premier jour ; et quelques mois après la démolition étaitordonnée. Les cheminées, les lucarnes, les boiseries et autres pièces importantes ont été transportées avec le plus grandsoin dans un château des environs de Taris, où elles ont en grande partie trouvé place au milieu de la décoration modernedu château, conçue elle-même dans le style du xvi c siècle.