60 PALAIS. CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
duc d’Enghien, et l’usufruit de la baronnie d’Àrnay à sa veuve, Charlotte-Margueritede Montmorency . Après sa mort, le château appartint au plus grand des Condés, connudepuis deux siècles sous le nom du grand Condé . Nous n’avons pas à tracer sa biographie :elle est trop connue et la rappeler serait une superfétation. Nous serions plus à l’aise endisant quelques mots d’un visiteur illustre aussi, mais moins connu, pensons-nous, denos lecteurs, et qui vint loger au château d’Àrnay ; nous voulons parler du prince de Gonti,qui, en 1654, passa quelques jours dans notre manoir en se rendant à l’armée de Cata-logne . Mais encore une fois, nous ne devons pas oublier que le peu d’espace consacréordinairement à nos notices nous commande impérieusement d’être bref.
L’ancien duc d’Enghien ne jouit pas longtemps de la propriété d’Àrnay. Obligé decéder la baronnie après un long procès en revendication, et dégoûté d’un domaine où iln’avait plus que les droits ordinaires d’un possesseur sans exercer à l’entour les droitsféodaux, il vendit le château au nouveau seigneur. Ce procès était des plus compliqués,et il obligea les juges à compulser, pour ainsi dire, l’histoire entière d’Àrnay-le-Duc.Nous nous garderons bien de les imiter, n’ayant pas à décider si la maison des Condésavait droit ou non à la possession de la baronnie.
Le successeur du grand Condé fut Henri de Lorraine , comte d’Harcourt. Les jeuxde la fortune ont parfois de spirituelles rencontres ; on se rappelle que la comtesse deCharroux, profitant de la minorité de son fils, le marquis de Mirebeau, avait vendu labaronnie aux Condés. En 1645, au siège de Lerida , le marquis est blessé et meurt sanspostérité. Les collatéraux intentent alors un procès, et après dix années de débats judi-ciaires devant divers parlements, obtiennent la restitution de la seigneurie ; et quel futle personnage du temps à qui elle échut en partage ? Précisément à celui qui, prenantparti pour la cour dans la guerre de la Fronde, avait conduit en prison le grand Condé.Monsieur le Prince s’en était vengé, comme il savait faire et comme on faisait souventdans ces moments orageux, c’est-à-dire par des chansons. Chacun connaît les vers sui-vants faits à cette occasion :
« Cet homme gros et court« Si fameux dans l’histoire,
» Ce grand comte d’Harcourt,
» Tout rayonnant de gloire,
» Qui secourut Casai et qui reprit Turin ,
» Est devenu recors de Jules Mazarin . »
III.
Le château d’Àrnay-le-Duc ne fut pas toujours habité par des grands seigneursintéressés à le tenir en bon état, à y faire les réparations nécessaires, à lui conserverson existence seigneuriale . En parcourant les chroniques, nous voyons qu’en mai 1747,arriva sous escorte, pour rester en dépôt à Arnay, un régiment d’infanterie hollandaise,fait prisonnier de guerre en Flandre . Le prince Charles de Lorraine, possesseur duchâteau vers ce temps, le mit à la disposition des magistrats pour y caserner la troupe.Mais le logis était trop étroit pour une troupe aussi considérable et les prisonniers