66 PALAIS. CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS
devise dont ce sujet est le complément : IE NE SI QVA DRESSE. Tout près de là, unécusson avait, à cause de l’obscurité de la pièce sans doute, échappé aux mains éga-litaires de 93 ; ce blason était celui des Juilly, et nous l’avons retrouvé à la grandecheminée du premier étage. Le voici tel que nous l’avons lu : lion passant avec troismerlettes en chef ; le lion maintient, avec une de ses pattes, un croissant surmontéd'une étoile. On retrouve aussi ces armes dans une des chapelles latérales de l’églised’Àrnay, fondée par la famille de Juilly à l’époque meme de la construction du château.
Il suffira, croyons-nous, de jeter les yeux surnos planches pour voir combien les deux chemi-nées du premier étage qui ont fixé notre choixméritaient les honneurs de la gravure. Nousavons dit plus haut, et nous répétons encore,qu’il était difficile de rencontrer, parmi les édi-cules de cette nature et de cette époque, quelquechose de mieux compris et de mieux exécuté.En effet, les cheminées d’Àrnay, on peut l’affir-mer, n’ont pas été, comme dans maints édificesde la Ptenaissance, livrées à l’unique main dusculpteur. L’architecte du château en a, on peutl’affirmer, tracé le dessin, donné les proportionsexactes et présidé à leur exécution ; aussi la sculpture, pour couvrir ces petits monu-ments, n’en est pas moins sacrifiée aux lignes architecturales partout accusées, partoutjudicieusement étudiées.
Au moment où nous avons relevé les cheminées d’Arnay, elles étaient noyées sousune épaisse couche de badigeon, de sorte que les ornements et les figures dont ellessont couvertes perdaient considérablement de leur finesse ; mais en grattant légère-ment par places, nous avons pu constater le soin apporté dans leur exécution et laténuité du grain de la pierre de Tonnerre, aussi fin que le marbre. Du reste, cebadigeon, horriblement épais, a dû être ici une cause de conservation : il ne faut doncpas trop le maudire. Il n’a pu empêcher toutefois uu certain nombre de figurines, detètes de chimères d’être brisées, et surtout celles qui, par leur saillie, se trouvaient leplus exposées.
La plus riche, la plus étonnante des deux cheminées reproduites en gravure étaitla plus mutilée (1). La seconde offrant moins de saillie dans son ornementation a étémieux préservée. Dans la première (voyez planche I), on est émerveillé de toute lasculpture employée dans la décoration, et l’on se demande combien de temps l’orne-maniste a du passer à en parfaire les fines colonnettes, les caissons ornés, les cha-
(1) Nous croyons avoir appris que M. Bourouet, son heureux possesseur, lui avait fait subir une restauration complète;mais nous ignorons, par exemple, si cette restauration a été heureusement opérée ; il est certain qu’elle ne présentaitrien de très-difficultueux ; il y a tout lieu de croire que la plus riche des huit cheminées d’Arnay a reconquis à cette heuretoute sa splendeur première.