110 PALAIS, CHATEAUX, HOTELS ET MAISONS.
mentation riche et sévère, divisé en compartiments, produit beaucoup d’effet. La che-minée a été refaite dans le style du xvf siècle. Sur l’antichambre voisine (en L du plan) aété prise une chambre à coucher. Sa cheminée est magistrale ; elle est de pierre, et datede la construction primitive. Des arabesques, choisies dans les dessins du château, re-lient des médaillons curieux, dont plusieurs, difficiles à déchiffrer, contiennent des sujetsbizarres accompagnés de devises en grec ou en latin. Les clefs de Clermont et la massuedes Gondi enlacées, avec la devise : « Et clava et clavibus », indiquaient que cettecheminée avait du être ornée du portrait de Claude-Catherine de Clermont , duchessede Retz : M. de Clermont-Tonnerre la fait refaire d’après des documents authentiques.Cette dame était une des plus instruites de son temps ; elle harangua en latin, au nomde Catherine de Médicis, les ambassadeurs polonais venus pour apporter à Henri III lacouronne des Jagellon .
De cette chambre que d’autres détails rendent curieuse, on passe dans la galerie dite deMédée (l), restaurée avec soin. Les lambris n’y sont que simulés ; les murs sont couvertsde peintures sur fond blanc, d’imitation pompéienne, rehaussées par de beaux encadre-ments elliptiques contenant divers épisodes de l’histoire de Médée et de Jason. L’orne-mentation est parfaite de ton, mais le dessin des grands sujets nous a paru laisser à désirer.Au plafond, sur des solives peintes eu rouge avec entrelacs blancs, on lit la devise : « Sansplus assez », accompagnée des clefs en sautoir souvent répétées. Mais ce qu’on remarqueprincipalement dans cette galerie, c’est l’espèce de frise qui règne tout, autour, composéede deux couleurs seulement, rouge clair et rouge foncé. Elle produit, malgré cettesobriété de tons, un elfet heureux dû en grande partie à l’ingénieux enchevêtrement desarabesques. Le dallage, qui a été refait, est aussi parfaitement réussi (2).
Deux petites galeries sont aux extrémités de celle de Médée et ont été prises sur lesantichambres F et L du plan. Elles sont ornées de tableaux très-remarquables de couleuret de dessin, représentant l’histoire de Judith et d’Holopherne. Ces tableaux, où la figurede François I er semble avoir servi de type à celle d’IIolopherne, étaient autrefois dans lachambre dite du Roi (en J du plan).
Dans le pavillon d’angle, en E, se trouve la chambre des Arts, souvent appelée aussichambre du Cardinal, à cause d’un portrait du cardinal de Richelieu qui se remarque surune grande cheminée de pierre. Cette vaste pièce, carrée de forme, est lambrissée jusqu’àmi-hauteur de la muraille. La boiserie, remarquable, cache sous un badigeon les peinturesqui la décoraient jadis. Au-dessus se présentent huit sujets ou tableaux de forme ovalepeints sur mur et entourés d’une bordure imitant les cuirs roulés, si souvent employéspendant tout le xvi e siècle. Chaque motif est l’un des Arts libéraux. Des arabesques
0) La galerie adossée à la galerie de Médée , en C, du côté extérieur, a été depuis longtemps divisée en apparte-ments.
(2) Des carrelages de terre cuite d’une richesse et d’une variété de composition remarquables existaient autrefois danstout le château. Usés et détruits presque entièrement par le temps, ils ont été imités, dans les galeries, aussi exactementque possible pour la forme et la couleur par des dallages de marbre et pierre. (Voyez, dans l’excellent ouvrage d’EmileAmé, architecte, intitulé : Carrelages émaillés du moyen âge, 1852, la monographie des anciens carrelages d’Ancy-leFranc.)