axiv INTRODUCTION,
à la lunette méridienne. En même teins nous mesurions lalongueur du pendule à secondes pour connaître l’intensité dela pesanteur à cette extrémité australe de notre arc; et nousobservions l’azimuth du dernier coté de la chaîne des trian-gles , c’est-à-dire l’angle que ce coté forme avec la ligne méri-dienne, résultat nécessaire pour orienter notre opération.
D’autres auraient pu se trouver malheureux dans notresituation ; ils auraient pu regretter quelques agrémens de lavie, que nous étions loin d’avoir dans cette île isolée et sau-vage; mais pour nous, qui n’avions pas encore oublié l’hiverde l’année précédente, nos sentimens étaient bien différens.Nous avions alors le vivre et le couvert ; nous avions surtoutla certitude de réussir, et le plaisir de voir tous les jours notretravail s’avancer. Cette position, qui eut été ennuyeuse pourd’autres, n’était pas pour nous sans douceur.
Le dimanche était notre jour de fête. Ce jour là, le boncuré de la partie de l’île que nous habitions venait dîner avecnous, s’informait du progrès de nos observations; et cet ex-cellent homme, beaucoup plus instruit que ne l’est ordinaire-ment la classe inférieure du clergé en Espagne , prenait à toutce que nous faisions un véritable intérêt. Souvent aussi deshabitans venaient solliciter la permission de voir nos instru-mens; et lorsqu’on les avait introduits, en petit nombre,dans la chambre où nous les tenions renfermés, ils témoi-gnaient, en les voyant, tout l’étonnement de vrais sauvages.Quelquefois ils venaient en troupe le soir, l’alcade à la tète,danser dans notre cabane, avec mille cris et mille posturesbizarres; les hommes sautant, ou plutôt trépignant, d’unemanière moitié européane, moitié africaine, tandis que lesfemmes, ayant leurs cheveux serrés en longues queues pen-