53o EXPÉRIENCES SUR LA LONGUEUR
la détermination la plus complète, et si on ose le dire, la plus euro-péenne que l’on puisse jamais espérer ?
Dès que ce grand projet fut reconnu possible, il absorba toutes nospensées : la santé affaiblie du colonel Mudge ne permit pas qu’il leréalisât lui-méme ; il en confia l’exécution à un des officiers qui ser-vaient sous ses ordres. 11 me laissa son fils, dont l’assistance m’avaitété si utile et me le devint davantage encore. Mes appareils, l’obser-vatoire portatif, les grosses pierres, leurs liens de fer, tout fut embar-qué avec les instnunens de l’opération anglaise, sur le brick de guerreVInvesligator , commandé par le capitaine George Thomas, dont l’ac-tive habileté n’a sans doute pas besoin de mes éloges , mais dont la com-plaisance inépuisable exige toute ma reconnaissance. Cet officier voulutbien me prendre sur son bord à Aberdeen, où, dans im bien courtséjour, j’avais éprouvé l’hospitalité la plus honorable ; et le g juilletnous fîmes voile pour les îles Shetland. Nous restâmes long-tems enmer, retenus par des calmes ou par des vents contraires, regrettantde tout notre cœur la perte de tant de belles nuits que nous aurionspu si bien employer pour nos observations. Le sixième jour, nous lais-sâmes au loin sur notre gauche les Orcades et leurs montagnes rou-geâtres, que ne dépassa point l’audace romaine; nous découvrîmesl’île de Faira, qui vit se briser sur ses rochers le vaisseau amiral del’invincible flotte de Philippe. Enfin les pics de Shetland nous appa-rurent dans leurs nuages; et le 18 juillet nous prîmes terre, non loinde la pointe australe de ces îles, où les marées de l’Atlantique, heur-tant celles qui viennent delà mer de Norwège , causent un soulèvementcontinuel et une éternelle tempête. L’aspect désolé du sol ne démentaitpas ces approches. Ce n’étaient plus ces îles fortunées de l’Espagne yces riantes contrées, ce jardin de Valence, où les orangers, les citron-niers en fleur, répandentleurs parfums autour du tombeau d’un Scipion,ou sur les ruines augustes de l’ancienne Sagonte . Ici, en abordant surdes rocs mutilés par les flots, .l’oeil n’aperçoit qu’une terre humide,déserte, couverte de pierres et de mousse; des montagnes déchar-nées que ruine l’inclémence du ciel; pas un arbre, pas un buissondont la vue adoucisse cet aspect sauvage; çà et là quelques hutteséparses, dont les toits recouverts d’herbe laissent échapper, dans lebrouillard, l’épaisse fumée dont elles sont remplies. En songeant à latristesse de ce séjour, où nous allions rester exilés pendant plusieurs