DU PENDULE A SECONDES. 537
assis à l’arrière, tient le gouvernail ; et, jugeant la direction de chaquelame, élude son choc direct qui suffirait pour les engloutir. En mêmetems, il commande les rnouveinens de la voile ; il la fait baisser chaqueibis que la barcpie est montée sur le dos d’une vague, afin de modé-rer sa descente, et hausser cliaque fois qu’elle est descendue au fond,afin que le vent la fasse voler sur le dos de la vague suivante. Quel-quefois, enveloppés d’une obscurité profonde, les malheureux ne voientpas la montagne d’eau qu’ils fuient; ils n’ont pour juger son approcheque le bruit de son mugissement. Cependant les femmes et les enfanssont sur la côte, implorant le ciel, épiant l’apparition de la barquequi porte leurs seules espérances, croyant par fois la voir soulevée ouengloutie dans le roulis des ondes, s’apprêtant à assister leurs marisou leurs pères s’ils arrivent assez près pour qu’on puisse les secourir,et quelquefois appelant à grands cris ceux qui ne les entendront plus.Mais leur destinée n’est pas toujours si funeste. A force d’adresse, defatigue, de sang-froid et de courage, le canot sort vainqueur de cettelutte terrible; le son bien connu de sa conque se fait entendre; ilarrive : alors les embrassemens succèdent aux larmes, et la joie de serevoir s’accroît par le récit de l’affreux péril auquel on vient d’échapper.
Toutefois, pour ces pauvres gens, l’àpreté même de leur patrie ades charmes. Us aiment ces vieux rochers, dont les formes hardies etl’aspect, si souvent observé, leur marquent l’étroit passage que leurbarque doit suivre, lorsqu’au retour d’une pêche heureuse et ramenéepar un vent favorable , elle rentre dans la baie protectrice , saluée parles cris des oiseaux de mer. Ils aiment ces cavernes profondes, où ilsont souvent lancé leur nacelle au milieu des vagues, pour aller sur-prendre les phoques endormis. Moi-même, tranquille sous leur conduite,j’ai contemplé avec admiration, ces hauts escarpemens des roches pri-mitives, cette vieille charpente du globe, dont les couches penchéesvers la mer et minées à leur base par la fureur des flots, semblentmenacer d’ensevelir sous leurs ruines la frêle barque qui bondit à leurspieds. A notre approche, des nuées d’oiseaux de mer sortaient parmifliers de leurs retraites, surpris de se voir troubler par des humains,et faisaient retentir ces lieux solitaires de leurs cris confus; les unss’élançant dans les airs, d’autres se plongeant dans les vagues et res-sortant presque aussitôt avec la proie qu’ils y avaient saisie, "tandisque des cétacées et des phoques élevaient, çà et là leurs têtes noirâtres
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