1670.
qu’'il fait aux
François.8
Portrait du-Prince.,
II dine a-vecC d'Elbée.
Uſage ſingu-lier du Pays.
840 vOYANCES AULONODESCOTES
DEIbée fit quelque pas au-devant du Prince& lui fit une révérence à la Fran-coiſe. Le Prince lui préſenta la main, dans laquelle il mit reſpectuenſementſa ſienne. L.e Prince la lui preſſa doucement& le regarda d'un œil ferme,ſans lui parler. DElbee, apres avoir marqué ſon reſpect par un momentde filence, fit fon compliment en Portugais. Le Prince ſe le fit expliquerpar PInterpréte, quoiqu’il ſqüt auffi la Langue Portugaiſe. II ſe ſervit de laméme voie pour répondre qu'il étoit charmé de voir des Frangois; qu'ilemployeroit en leur faveur tout le crédit qu'il avoit auprès du Roi ſon père,& qu'il les remercioit de leurs offres obligeantes. Enſuite, prenant d'Elbéepar la main, il le fit marcher près de lui ſous le même paraſol. II voulutvoir la Chaloupe qui l'avoit apporté au rivage. II Péxamina curieuſement;& s'Etant fait donner le pavillon qu'on y avoit élevé, il le plagça vis-à-vis ſatente, à la téte d'une compagnie de cent Mouſquetaires[dont les mousquets -
étoient fort propres. IIs avoient des ſabres& des gibecières.] Ces marquesde diſtinction caufèrent de la jalouſie aux Hollandois, qui n'avoient jamais
été traités avec tant d'honneur. La converſation fut fort polie entre le Prin-ce& le Commandant François, quoiqu'elle continuàt de ſe faire par le mi-niſtére de PInterpréte. Sans perdre la gravité de ſon rang, le Prince mon-tra beaucoup d'agrément& de vivacité. Il étoit d'une taille puiſſante, maisTun embonpoint médiocre. II avoit le viſage fort beau, les yeux vifs, lesdents belles& le ſourire gracieux. Toute ſa perſonne préſentoit un air degrandeur& de dignité, tempéré par une douceur, qui lui attiroit tout-à-la-fois du reſpect& de J'affection. A T'heure du diner, on étendit dans latente de fort belles nattes, autour deſquelles on mit des couſſins de damas.Le Prince prit d'abord ſa place& fit mettre d Elbée à ſa droite. Dubourg,Carlof& les Facteurs Anglois ſe mirent à ſa gauche. Le feſtin fut compoſéde ploſienre ſorres de mets, rotis& bouillis. C'etoit du bœuf, du ſanglier,du chevreau, des poulets& d'autres pigc=s de volame, avec divers ragoutsà Phuile de Palmier, qui ne pouvoient être fort agréables pour ceux qui menavoient pas Phabitude. II ne parut point d'autre vaiſſelle que des Kowis,C'eſt-à-dire, des moitiés de ecalebaſſes, peintes d'un vernis ſi brillant, qu'onles prendroiĩt pour de v'écaille de tortue des plus belles eſpéces.
PENDANT lerepas, deux Officiers rafralchirent continuellement le Princeavec des éventails de cuir parfumé. Tous les Négres qui étoient derriere luije fervirent à genoux, avec de grands témoignages de reſpect. II y avoitdans ce nombre, mais plus près de ſon côté, trois hommes, auxquels il fitſigne de s'avancer,& dans la bouche deſquels il mit(5h) quelques mor-ceaux de pain& de viande. D'Elbée apprit que c'toient ſes favoris,& quepar un ſentiment de reſpect& de délicateſſe, ils ne devoient pas toucher deſja main ni laiſſer tomber de leur bouche ce qui leur étoit donné par lePrince, ſous peine de perdre ſes bonnes graces. On ne ſervoiĩt point à boire,& perſonne n'en demanda pendant le diner, quoiqu'il eũt duré aſſez long-tems. Mais la converſation du Prince n'en fut pas moins vive ni moins amu-ſante. DElbée le trouva mieux inſtruit des affaires de l'Europe qu'il mauroit
pn
(b) Les Sauvages du Canada& de la Loui- faire honpeur à quelqu'un.Gane ont le même uſage, lorfqu'ils veulent