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Tome cinquième.
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Première audience dukoi.

Explicationsde ce Prince à’'égard duCommerce.

Politique deCarlof.

86 VvOYAGES AUILONGDES COTES

DaAh8s le même tems, dElbée débarquoit ſes marchandiſes, qui furenttranſportées du rivage à Offra par des Negres. Leur ſalaire n'étoit que devingt bujis pour caaque Voyage. Mais quelque perit qu'il puiſſe paroitre, ilétoit proportionne a leur fardeau, qui n'excéde jamais deux barres de fer, ouFéquivalent de ce poids. IIs le nomment Tonjé. La barre de fer n'a ici queneuf pieds de long& deux pouces de large, ſur un quart d'épaiſſeur. Lespréſens deſtinés an Roi furent portés de meme juſqu'a la Capitale, avec lesmarchandiſes qui devoient fervir à commercer avec les Grands.

LE 27 de Janvier, Dubourg eut ſa premiere audience du Roi, en qualitéꝙ Ambaffadeur du Roi de France. II fut introduit par le Prince, fils du Roi,par le Grand- Prétre& les Grands-Capitaines. Le Roi le fit aſſeoir ſur un litde coton, prês de ſon fauteuil ou de ſon Trône. Dubourg fit ſon complimenten Langue Portugaiſe, que ce Prince entendoit& parloit en perfection. Ce-pendant il ſe le fit expliquer par ſes deux Interprétes, nommés Matteo&Franciſco,[qui étoient à genoux à ſes pieds.] L Office d'Interpréte eſt ici fortqs=conſidérable; mais la moindre erreur les expoſe au ſupplice.

LE Roi fit une réponſe obligeante, apres laquelle Dubourg lui préſenta lecaroſſe& les autres préſens de la Compagnie. Enſuite il lui demanda la per-miſſion de batir une Loge ou un Comptoir à Offra, en promettant que laCompagnie Françoiſe enverroit chaque année quatre Vaiſſeaux pour le Com-merce. Le Roi répondit qu'à Pégard du Commerce, les Uollandois lui en-voyoient tous les ans plus de Vaiſſeaux qu'il men pouvoit charger; que v'an-née précéẽdente pluſieurs avoient eté obligés de retourner ſans cargaiſon; qu’ily en avoit actuellement ſix ſur la Côte& quatre à Mina, qui n attendoientque pavis de leur Comptoir pour venir dans ſa Rade; enfin, qu'il n'avoit be-ſoin, ni de Vaiſſeaux, ni de marchandiſes: que les Hollandois d'ailleurs luifaiſoient des offres conſidérables pour lengager dans une alliance excluſive,& qu'il avoit d'autant plus de ralfbns 4sν 1-2, pier, que les Anglois pa-roifloient negliger ſon Commerce,& que les Frangois, apres Favoir autre-fois cultivé, n'toient pas plus fidéles à leurs engagemens; faute qu'il m'avoitpoint à reprocher aux Hollandois. Sa Majeſté ajoũta, que malgré de ſi juſtesſüjets de plainte, ce qu'il avoit appris de la Grandeur du Roi de France&du zéle qu'un de ſes Miniſtres(i) avoit pour le progrés du Commerce faiſoitnaitre dans ſon cœur une vive paſſion de meériter'eſtime d'un ſi grand Mo-narque, par les faveurs qu'il gtoit réfolu d'aecorder à ſes Sujets; que danscette vüe, il avoit déja donné ordre à ſon Grand-Capitaine de bätir à Offraun Comptoir pour les Frangois, de protéger leur Commerce& de T'encoura-ger de tout ſon pouvoir. Dubourg ſe fit apporter les plus précieuſes marchan-Ziſes des deux Vaifſeaux. II en offrit le choix au Roi& lui laiſſa les prix.Cette galanterie produiſit un effet merveilleux& donna une haute idée de lapoliteſſe des Frangois. Dubourg étant tombé malade, la Direction du Com-merce fut abandonnée à Carlof, qui mit auſſi-tôt le prix des Eſelaves à dix-huit barres par tete, quoique juſqu'alors il n'et jamais été au-deſſus de dou-20. Le but de cette politique étoit de ruiner le Commerce des Hollandois. Eneffet, ils aimérent mieux garder leurs marchandiſes que de ne pas en tirer leursanciens avantages. 8

CARLOF

(i) Mr. Colbert, ou Mr. Pontchartrain.