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DE 1. A C HIIN E, LIv. I. Crxr. XI. 299
de rouge& de jaune. On y ſert de belles ſalades, ſur-tout de chicorée, qu'oncoupe en long,& dont Podeur n'a pas moins d'agrément que le gout.[Les
Chinois en couvrent leur premier ſervice,& pour ce qui eſt de leurs ſoupes,
elles ne font en rien inférieures à celles des Cuiſiniers Allemands.]
Av lieu de falieéres, les Chinois ont de petits ſauciers remplis de marinades& de ſaumures, dans leſquels ils trempent leurs morceaux. Comme ils ne ſeſervent pas de cuilieres, leur méthode, pour manger leur ſoupe, eſt d'humerle bouillon,& de ſe ſervir de leurs bätons, d'ivoire ou d'ébéne, pour con-duire les plus groſſes parties dans leur bouche[& empécher en méme tems,qu'il n'en tombe rien à côté ou fur leurs habits. Ils ne ſe ſervent point de ſer-viettes;&,] quoiqu'ils ayent des mouchoirs pendans à leur côté, ils ne lesemployent que pour s'eſſuyer les levres. Dans les lieux où l'on donne à mangerau public, il y a toũjours à table un Ecuyer tranchant, qui coupe en pièces lesviandes rõties, en préſence des Convives,& qui leur ſert à chacun leur portiondans de petites taffes. Il coupe ce qui lui parott de meilleur autour des os; a-près quoi il n'employe que ſes mains pour dépécer le reſte. Comme il n'a pointde ſerviette pour les eſſuyer, il eſt ſouvent couvert de graiſſe juſqu'au coude;ſpectacle qui fait ſoulever le cœur aux plus affamés.
LEuRS Hiqueurs font, une ſorte d'eau-de-vie qu'ils nomment Arrak(g),&le Tarafu(b), eſpéce de vin qu'ils boivent chaud. Ceſt une décoction de rizavant qu'il ait ſa maturité. Bans Peſpace d'un an ou deux, elle acquiert la cou-leur, le got& la force des meilleurs vins du Rhin.
PENDANT quel'Ambaſſadeur étoit à table, le principal Comédien, ſe met-tant à genoux devant le Mandarin, lui préſenta un Livre de papier rouge,qui contenoit, en lettres noires, la Liſte des Comédies qu' il gtoit préêt à reprée-ſenter. Lorſque le Mandarin eut déclaré celle qu’ il choiſiſſoit, il baiſſa la tétejuſqu'à terre, ſe leva,& commenga auſſi-tot la répréſentation.
Ox vit d'abord paroitre une trés-belle femme, vêetue de drap d'or,& pa-rée d'un grand nombre de joyaux, avec une couronne ſur la tete. Elle décla-ma ſon ròôle d'une voix charmante. Ses mouvemens& ſes geſtes n'étoient pasmoins agréables. Elle tenoit un éventail à la main. Ce Prologue fùt immédia-tement ſuivi de la piêce, qui rouloit ſur'hiſtoire d'un ancien Empereur Chi-nois, dont la Patrie avoit reſſenti les bienfaits,& qui avoit mérité que leſouvenir en füt conſacré dans une Comédie. Ce Monarque paroiſſoit quelque-
Pefois en habits Royaux[tenant à la main un Sceptre d' yvoire uni,]& lon
voyoit ſuccẽder ſes Offlciers, avec des enſeignes, des armes& des tambours.
PouR intermédes, on donna une ſorte de farce, répréſentée par les laquaisdes Acteurs. Leur habillement& leurs maſques étoient auſſi plaiſans queAmbaſſadeur en eüt jamais vs en Europe. Ce qu'on lui expliqua de la piècene lui parut pas moins réjouiſſant, ſur-tout un acte, qui répréſentoit un hom-me trompé en mariage par une femme de mauvaiſe vie, qu'il croyoit fort- fi-dêle, qnoiqu'elle regut les careſſes d'un autre en ſa préſence. Le ſpectacle fut
v=accompagné d'une danſe à la maniere Chinoiſe[ au ſon du Luth J. On repréſen-
ta ſucceſſivement trois piéces, qui durèrent juſqu'à minuit.LE
(g&) Angl. Arakka. R. d. E.(P) Angl. Taraſu. R. d. E.Pp 2
IsERANDIDERs.
1693.
Leurs ſalie-res& leursfourchettes.
Répréſentation d'uneComédie Chi-noiſe.
Intermède,
Danſes&muſique.