DES ARTS ET DES SCIENCES. 29
charrues avec des harnois, parce que leurs pères avoient eu de tout tempsl’habitude de les attacher à la queue des chevaux : on ne put les y con-traindre que par la force.
Une nouvelle perfection que son vient de donner à la manière de moudrele bled , contribuera à augmenter la quantité de farine que l’on a coutumed’en tirer. M. Maliíset , boulanger de Paris, vient d’inventer une nouvelleméthode de moudre le bled Sc de le blutter, qui cause au grain un déchetmoins considérable , Sc détache la farine de se petite enveloppe plus par-faitement que par la méthode ordinaire. On a éprouvé que huit muids déson, acheté au marché, Sc qui ne pouvoit plus être bon que pour les bes-tiaux , en se servant de sen procédé, il en avoir été tiré encore trois muidsde bonne farine. Enfin , il est d’expérience qssà i’aide de la manière de mou-dre & de blutter de ce boulanger, la quantité de bled suffisante pour nourrirsix cent personnes , produit de quoi en nourrir sept cent , sens riendiminuer au pain de se qualité. L’essai qu il en fait en grand à notre hôpital-général depuis quelques années, ne laiíse aucun doute fur cette nouvellerichesse que nous procure une invention si intéressante pour le peuple, puis-qu elle est capable d’augmenter par-tout le royaume la quantité de farined’un sixième.
On tiroit ci-devant de l’étranger la garence, qui est une espèce de plantedont les teinturiers font une grande consommation pour les teintures en rougevif : le Roi a accordé toutes fortes de privilèges Sí d’exemptions à ceux qui,s’occupant à dessécher des marais, rendront ces terreins propres à produire dela garence ; Sc depuis on en a fait en différens endroits des plantations con-sidérables.
Tous ces accroiísemens de Pagriculture, joints aux encouragemens qu’onlui prodigue, Sc íur-tout à la permission que le Roi vient d’accorder pour lelibre commerce des grains, non seulement de province à province, mais en-core chez Pétranger, annoncent les plus grands avantages, Sc ne scauroientmanquer de mettre bientôt le comble à la prospérité du premier de tous les arts Scau bonheur des cultivateurs. Tout semble nous promettre ces jours heureux,après lesquels soupiroit le grand Henri ( a).
(a) On sçait que ,quelque temps avant que demourir, ce bon Prince disoit à M. le duc de Sully :Je veux , avant qu il soit un an ou dix-huit mois ,qu il ríy ait pas un paysan dans mon royaume qui
ne puijfe mettre une poule dans fin pot le dimanche .Paroles remarquables, qui devroient etre gravéesdans le cœur de tous les Souverains.
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