ÉRIGÉS A LOUIS XV. 175
sujets en signe de protection. Des esclaves enchaînés, plus convenables pourcaractériser les Princes qui font consister toute leur gloire dans l’ambition desconquêtes, auroient mal figuré autour d'un Monarque dont Phumanité estPâme de toutes les actions. Aussi la ville de Reims a-t-elle voulu que la statuedu Roi fût accompagnée par des attributs qui rendissent sensible notre félicité.D'un côté du piédestal est placé un Citoyen heureux goûtant les délices dela tranquillité d'eíprit, 8c réfléchissant íur le bonheur dont ii jouit fous lesauípices de la bienfaisance de notre auguste Monarque ; près de lui est unenfant qui careste un loup : on y voit aussi un vase Sc quelques bourses ou-vertes. De l’autre côté du piédestal est une femme, dont le visage serein 8criant représenté allégoriquement la douceur du Gouvernement. Elle tient d’unemain un gouvernail , 8c de i'autre elle conduit un lion en liberté 8c senseffort, en le tenant seulement par quelques poils de se crinière.
Entre ces deux figures qui ont dix pieds de proportion, on lit, gravés enlettres d’or, ces vers dans une table de bronze appliquée fur le piédestal :
C’est ici qu’uw Roi bienfaisantVint jurer d’etre votre Fere :
Ce Monument instruit la Terre
Qu’lL FUT FIDELE A SON SERMENT.
Cette inscription est d'autant plus heureuse quelle est rélative au local,quelle peint avec énergie l'objet de ce monument, 8c qu’eíie fait penser le
lecteur (a).
Plusieurs de nos gens de lettres avoient proposé au Corps de Ville deReims des inseriptions en prose Françoise, où ils avoient essaie d'imiter lasimplicité de la langue Latine en ces occasions. Mais il semble que notrelangue se refuse au stiie lapidaire. Malgré sa clarté, elle n’est pas aísez con-cise : les verbes auxiliaires qui allongent 8c énervent ses phrases , empêchentquelle ne s'exprime avec la force, la noblesse, 8c la sublime élégance du latin.Il faut périphraser le plus souvent pour se faire entendre. Ces considérationspourroient déterminer les sçavans, dans tousses temps, 8c malgré l'adoptiongénérale de la langue Françoise dans toute i’Europe, à lui préférer la latinepour ses inscriptions.
Il y auroit peut-être un moyen plus analogue au génie de notre langue ;ce seroit de substituer à l’affectation du style lapidaire de beaux vers Fran-çois , tels que ceux que nous venons de rapporter, ou d’autre semblables,qui peignissent en grand, par des pensées sublimes 8c carasteriques, 1 e hérosque l’on a dessein de célébrer. Si, fur 1 e piédestal de la Place de Vendôme,par exemple , on avoit gravé ces deux vers de Racine ;
( st ) On dit quelle eft de M. Ciiquot Blervache,