AUX INDES ORIENTALES, LIv. II. 297
il m'y en a pas une goutte qui ne ſoit empoiſonnée par les fauterellespourries? En me tenant ce diſcours, il fermoit les outres& les atta-choit au cheval, avec une action ſi violente& tant de fureur dans lesyeux, que la moindre réſiſtance eut rendu capable de m'attaquer moi-méême.
„ CEPENDANT il conſeilla au Marchand Turc, d'envoyer quelques-uns de ſes gens, avec des chameaux, dans les marais de Taiba, qui nedevoient pas être fort éloignés,& dans leſquels il ſe trouve des eauxvives qui pouvoient avoir eté garanties de la corruption. Mais la crain-te que les Arabes de cette Ville ne vinſſent enlever ce qui lui reſtoit deſa marchandiſe,'empéchoit de prendre ce parti,& nous le laiſſamesdans une irréſolution dont nous ne vimes pas la fin.
„ IE ne dirai rien des cris que j'entendis jetter à tant de victimes inno-centes, lorſque nous voyant partir, elles perdirent l'eſpérance qu'ellesavoient ele, pendant quelques inſtans, de trouver du ſoulagement àla ſoif qui les conſumoit. Ce ſouvenir m'afflige encore. Agi-Haſ-ſem en prit une, qu'il mit en croupe derriêre lui; dans le deſſein,me dit- il, de la donner à ſes feommes. En effet, P'ayant tranſportéejuſqu'aux Fauxbourgs d'Alep, il l'y mit en dépôt, pour la prendre à ſonretour* 8CARRE, s'Stant rendu fort heureuſement à Sarde, trouva dans ce Portun Vaiſſeau Frangois, dont le Capitaine ſe nommoit Coulon, qui le renditle 9 d'Octobre à Marſeille(¹).
IL ſe loue beaucoup de Taccueil qu'il regut à la Cour,& de P'honneurqu'il e0t d'entretenir ſouvent le Roi, des avantures& des obſervations deſon Voyage. Mais il fait entendre que la reconnoiſſance de M. Colbert n'é-gala pas fes ſervices& répondit mal à ſon attente.
CEPENDANT ayant regu ordre, peu de tems après, de retourner parterre en Orient, il accepta cette nouvelle commiſſion, qui le conduiſitdans différentes Cours des Indes. Le ſecond Tome de ſon Ouvrage eſtannoncé, à la fin du premier, comme une Relation de ce ſecond Voyage;mais il ſemble que'Auteur s'’y ſoit oublié lui-méême, pour n'entretenir ſesLecteurs que d'événemens étrangers à ſon ſujet,& de quelques Hiſtoiresgalantes qui méritent peu d'attention. Il n'explique pas même l'objet de ſacommiſſion;& ſi l'on excepte quelques circonſtances des conquêtes de Se-vagy, qu’il fait regarder comme un Heros du premier ordre,& quelquesremarques ſur le Siéège de Saint-Thomé, qui ſervent à vérifier'expéditionde M. de la Haye(½), ce Tome ne contient rien dont on doive regréterici la ſuppreſſion.
§. II.
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2)252222
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(i) Ibid. pag. 403.
(k) Voyez la Relation de ſon Voyage.Carré raconte que ce fut à Sevagy, que lesFrançois eurent l'obligation de Ia levée duSiège. Ce Conquérant ayant attaqué le Roide Golconde, le força de rappeller ſoixantemille hommes qu'il avoit devant Saint-Tho-mé. Tom. II. pag. 81.
XI. Part.
A l'occaſion de Sevagy, l'Auteur raconteun trait de jalouſie ſans exemple, qui arrivaen 1672, tandis qu’il étoit à Donguery. Ab-delkam, un des principaux Seigneurs de Vi-ſapour,& Général des Forces du Royaume,s'Etant laſſé du métier des armes, avoit prisle parti de ſe retirer dans ſon Sérail, où ſesgrandes richeſſes lui avoient facilité le moyen
Pp de
CARRE.1071.
Retour deCarré enFrance.
Second Vo-yage de l'Au-teur aux IndesOrientales.
Jugementſur ce ſecondVoyage.