Band 
Tome onzième.
Seite
298
JPEG-Download
 

L'EsTRA.1671.

INTRODPüc-TIoy.

Occaſiontu Voyage.

298

de raſſembler deux cens des plus belles fem-mes du monde. Dans cette ſituation, il re-gut l'ordre de reprendre le commandementd'une Armée contre Sevagy. Lorſfqu'il ſevit oöbligé de partir, ſa jalouſie s'alluma ſi-furieuſement, qu'elle lui inſpira le plus noirdeſtous les deffeins. II s'enferma pendanthuit jours au milieu de ſes femmes,& cetems fut une ſuite continuelle de fêtes& deplaifirs. Le dernier jour, pour s’'épargnerdans l'abſence toutes les inquiètudes de l'a-mour, il fit égorger à ſes yeux ſes deux censfemmes. Enſuite s'étant mis à la téte destroupes, il ne parut reſpirer que le ſang&le carnage. Sevagy, qui ſe faiſoit honneurde joindre l'humanité à ſes qualités héroi

VvOYAGES DESFTRANCOIS

fonga dans le ſein, en lui reprochant ſoncrime,& lui déclarant, que celui qui avoitviolé les loix de Ja Nature devoit être exclusdu droit des gens. II ſe retira auſſi-têt versſes gens, qui fondirent ſur l'Armée de Viſapour, conſternée par la mort de ſon Gé-néral,& qui la talllèrent en pièces. Lecorps d'Abdelkam fut porté dans la Villevoiſine, oùð Sevagy le fit expoſer comme unMonſtre devoué d la malédiction publique.Cependant Carré ajoüte qu'en 1673, faifantpar terre le Voyage de Surate à Saint-Tho-mé,& paſſant par Abdelpour, dont Abdel-kam avoit Eté Gouverneur, il vit au Palaisun grand nombre d'ouvriers, occupés à tail-

ler des pierres qui devoient ſervir au Mauſo-lée d'Abdelkam. Lépitaphe étoit déjà fai-te. II fut ſurpris d'y lire, non-ſeulement lerécit de ſa mort, mais encore la malheureu-ſe cataſtrophe des deux cens femmes quece Monſtre avoit ſacrifiées à ſa jalouſie. IIauroit dü nons dire auſſi quel jugement l'E-pitaphe en portoit,& ſi les amis du Mortlui en falſoient une vertu.

ques, conçut tant d'horreur pour cet abomi-nable meurtrier, qu'iil craignit de ſouiller ſagloire en s'expoſant au ſort des armes aveclui. II Ilui fit propoſer une conférence, ſousꝓprétexte d'accommodement. Abdelkam ac-cepta l'offre, IIs devoient ſe trouver tousdeux fans ſuite, entre les deux Armées.Lorfqu'ils fe furent approchés l'un de l'au-

Tom. II. pag. 8.tre, Sevagy tira ſon poignard,& profitant& ſuiv.de la ſfurpriſe de fon tennemi, il le Iui en-S. 1

Fzyage de L'Eſtra.

Uorous le témoignage de ſincsrité qu'un Voyageur’ rend à ſes pro-

pres intentions,& la hardieſſe même avec laquelle il en appelle autémoignage d'autrui(a), ne ſuffifent pas toũjours pour exciter une con-fiance abſolue; ces deux motifs ne ſont pas ſuns force, lorſqu'ils ſe trou-vent ſoutenus par une narration ſimple& judicieuſe, qui eſt le caractère or-dinaire de la vérité. LMhſtra ſe donnant pour un Avanturier, qui entrepritle Voyage des Indes, dans Punique ve de ſatisfaire ſa curioſité par delongs Voyages, ma que ces trois avantages à faire valoir pour accréditerſon récit. Mais le rapport de ſes avantures, avec des faits déjà connus,en eſt un autre, dont il aura l'obligation an nouvel ordre de ce Recueil,&qui ſera ſenſible pour ceux qui auront lú les Relations précédentes.

IE forma le deſſein de fon Voyage en 1671, à loccaſion du départ deM. Belot, qui alloit exercer à Surate la Commiſſion de Directeur du Com-merce, pour la Compagnie des Indes. Son embarquement ſe fit au Port-Louis, le 4 de Mars, fur le Saint Jean-Baptiſte, armé de trente-ſix piècesde canon, en marchandiſe& en guerre,& commandé par le CapitaineHerpin. Esquipage étoit de deux cens cinquante hommes, tous e

reſolus;

(a) Préface. L'’OQuvrage porte pour ti-

nant les Etabliſſemens de pluſieurs Na-

tre, Kelation ou Journal d'un Voyage nou-vellement fait aux Indes Orientales, conte-

tions,&c. in. 12. à Paris, chez Etienne Mi-challet, 1677. 1