ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 45
moufquets repoſés droits fur la croſſe. La gauche étoit occupée pardes éléphans armés en guerre; apréès leſquels on voyoit cent hom-mes à cheval, pieds nuds, mais vétus à la Moreſque,& la lance à lamain.
Cꝝ fut dans ce lieu que les Nations& toutes les perſonnes même de maſuite regurent ordre de me quitter, à Pexception des Gentilsnommes demon cortéege. Je traverſai deux autres cours, qui étoient remplies com-me la premieère;& j'entrai dans une quatriéeme, qui offrit à ma vüe ungrand nombre de Mandarins proſternés. J'obſfervai d'un même coupd'œil ſix chevaux, tenus chacun par deux Mandarins. IIs me parurenttrées-richement équipés. La bride, le poitrail, la croupiéère,& les cour-royes d'étriers étoient garnis d'or& Gdargent, ſi couverts de perles, derubis& de diamans qu'on n'en appercevoit pas le cuir. Les étriers&les ſelles étoient d'or& d'argent. Chaque cheval avoit des anneauxdG'or aux pieds de devant. Je remarquai aufſi pluſieurs éléphans, harna-chés comme nos chevaux de caroſſe, en velours cramoiſi, avec des bou-cles dorées.
IE m'arrétai quelques momens avec M. Conſtance, pour donner le temsaux Gentilsnommes Frangois d'entrer dans la ſalle d'audience& de s'aſſeoirſur des tapis. On étoit convenu qu'ils y entreroient la téte haute, avecleurs ſouliers; qu'ils ſe rangeroient dans leurs places avant que le Roi pa-rat ſur ſon Trone;& que lorfſqu'il paroitroit, ils lui feroient une inclina-tion à la Frangoiſe, ſans ſe lever. Aufſi-têt que le bruit des inſtrumens eutannoncé Parrivée de ce Monarque, j'entrai dans la ſalle(4), accompagnéde M. Conſtance, du Barcalon,& de'Abbé de Choiſy, qui portoit laLettre du Roi. Je fus ſurpris de voir le Roi dans une tribune fort élevée;car M. Conſtance étoit demeuré d'accord avec moi, que le Roi ne ſeroitqu'à la hauteur d'un homme dans ſa tribune,& que je pourrois lui donnerla Lettre de la main à la main. Alors je dis à PAbbé de Choiſy;„ on a„ fans doute oublié ce qu'on m'a promis. Mais aſſurément je ne donne-„ rai la Lettre du Roi qu'à ma hauteur 9. Le vaſe d'or ou elle étoit, avoitun grand manche d'or, de plus de trois pieds de long. On avoit crü queje prendrois ce vaſe par le bout du manche,[pour P'élever] juſqu'à lahauteur du Trône; mais je me déterminai ſfur le champ à préſenter la Let-tre, en tenant le vaſe meme dans ma main. Etant donc entré, je ſaluai leRoi de la porte. je le faluai encore à la moitié du chemin,& lorſque jefus proche de l'endroit oú je devois m'aſſfeoir. Enſuite, après avoir pro-noncé deux mots de ma harangue, je remis mon chapeau ſur ma téte;&m'étant affis, je continuai de parler.
Mon diſcours fut interpreté par M. Conſtance. Lorſqu'il eut achevéſon office, je dis à Sa Majeſté que le Roi mon Mattre m’avoit donné M.FAbbé de Choiſy pour m'accompagner,& les douze Gentilshommes que jelui préſentai. je pris alors la Lettre des mains de l'Abbé de Choiſy,&je la portai au Trône, dans la réſolution d'exécuter ce que javois médité.
M.
(à) IIl ſe trouve ici quelque erreur d'impreſſion, à laquelle on a ſuppléé par le ſecoursde l-Abbé de Choiſy. 1—Fᷓ 3
Dz CnAv-MONT.1685.
Dernièrecour,& cequ’'il y voit.
Ce qui ſepaſſe dans laalle d'au-dience.
ar-raſſe l'Am-baſſadeur.
Il pronoiceſa harangue.
Sa fermetépour l'bhonneur du Roiſon Maitre.