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Tome douzième.
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OccUMCHAMNAM.1686.Mort funeſtede deux Man-

darins.

Inventionpour porterde l'eau.

Troupe d'é-léphaäns.

L'Auteurtue un ſerpentqu’on mange:out entter.

Vent terrible.

106 VOYAGES DANSL E

s'y rendre, pour y paſſer la nuit;& le lendemain, on ſe trouva ſi biendu rafraichiffement qu'on s'y étoit procuré, qu'on prit le parti d'y demeu-rer tout le jour& la nuit ſuivante. Ce ſejour nous délaſſa beaucoup,&pabondance de la nourriture y remit un peu nos forces. Le ſoir, nous êtantaſſemblés, ſuivant nôtre coutume, un peu à Pécart des Portugais, nous fü-mes furpris de voir manquer un de nos Mandarins. On le chercha de touscotés, on Pappella par des cris; mais ces ſoins furent inutiles. Ses forcesPavoient abandonné en chemin. L'extreme averſion qu'il avoit pour lesherbes& pour les fleurs, que les autres mangeoient du moins ſans dégoſt,ne lui avoit pas permis d'en porter même à la bouche. II etoit mort de faim& de foibleſſe, ſans pouvoir ſe faire entendre& ſans être appergu de per-ſonne. Quatre jours auparavant, un autre Mandarin avoit eũ le même ſort.II faut que la miſère endurciſſe beaucoup le cœuur. En tout autre tems, lamort d'un Ami m'e0t caufé une vive afliction; mais dans cette occaſion jen'y fus preſque pas ſenſible.

PENDANT le jour& les deux nuits que nous paſſames dans'Hle, onremarqua certains arbres ſecs& aſſez gros, qui étoient percês par les deuxbouts. La ſoif, qui nous avoit paru juſqu'alors un tourment ſicruel, nousinſpira le moyen d'en tirer quelque utilite. Chacun ſe pourvut d'un de ceslongs tubes;& l'ayant bien fermé par le bas, on le remplit d'eau pour laproviſion du jour. Dans Fincertitude de la ſituation du Cap de Bonne-Eſ-pérance, les Pilotes propoſêèrent de monter ſur celui que nous avions devantnous. Du ſommet, on pouvoit eſpérer de découvrir l'objet de nos recher-ches. Cette idée plut à tout le monde. On eut beſoin de beaucoup d'ef-forts, pour grimper fur une hauteur eſcarpée;& pendant tout le jour, onne vécut que d'herbes& de fleurs, qui s'y trouvoient en différens lieux.Vers le foir, en deſcendant de cette montagne, d'oùð nous avions eu lechagrin de ne pas appercevoir ce que nous cherchions, nous découvrimes, àune demie lieue de nous, une troupe d'éléphans, qui paiſſoient dans une vaſtecampagne, mais qui n'étoient pas d'une grandeur extraordinaire. On paſſala nuit fur le rivage, au pied de la montagne. Le Soleil n'étant point en-core couché, on ſe répandit de tous côtés, ſans rien trouver qui püt ſer-vir d'aliment. De tous les Siamois, je fus le ſeul à qui le hazard offrit de-quoi fouper. J'avois cherché des herbes ou des fleurs;& men ayant trou-vé que de fort amêères, je m'en retournois, apres m'être inutilement fati-gus; lorſque j'appergus un ſerpent, fort menu- à la vérité, mais aſſez long.Je le pourſuivis dans ſa fuite,& je le tuai d'un coup de poignard. Nousje mimes au feu, ſans autre précaution;& nous le mangeàmes tout entier,ſans excepter la peau, la tete& les os. II nous parut de fort bon golt.Apreés cet étrange feſtin, nous remarqudmes qu'il nous manquoit un de nostrois Interprétes. On décampa, le lendemain, un peu plus tard qu'à For-dinaire. II s'étoit élevé à la pointe du jour, un gros brouillard, qui avoitobſcurci tout Thoriſon. A peine eümes-nous fait un quart de lieue, quenous fümes incommodés d'un vent trés-froid,& le plus impétueux quej'euſfe éprouvé de ma vie. Peut-être Paffoibliſſement de nos forces nousje faifoit-il trouver plus violent qu'il n'étoit en effet; mais ne pouvant met-

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