ROYAU ME DE SIA M, Lrv. II. III
Novs partimes, en regrettant amèrement les moules& Peau douce quenous laiſſions dans l'Iſle. Ce qui avoit achevé de nous déterminer, c'étoit'idée que les Portugais ne nous donnant point de leurs nouvelles, ils de-voient être morts en chemin, ou qu'ils nous croyoient morts nous-memes,ou que les gens qu'ils avoient envoyés au devant de nous ne viendroient pasnous déterrer dans cette Ifle écartée. Avant que de nous mettre en mar-che, chacun fit, ſuivant ſes forces, une proviſion d'eau douce& de mou-les. On alla paſſer la nuit au bord d'un étang d'eau ſalée, fort prês d'unemontagne où nous avions déja campé. II fut heureux pour nous d'avoirapporté de eau& des vivres, car nous ne découvrimes rien qui füt pro-pre à ſervir d'aliment. Des la pointe du jour, chacun ſe mit à chercher unpeu d'herbe ou quelques feuilles d'arbres. Nous voulions conſerver le reſtede nos moules, pour des occaſions plus preſſantes. Quelques-uns deſcen-dirent dans le Lac, pour y trouver quelques poiſſons: mais ce n'étoit qu'unamas d'eau ſalée& bourbeuſe.
TaxDIs que nous étions ainſi diſperſés, ceux qui n'étoient pas éloignésdu Lag appergurent trois Hottentots, qui venoient droit vers eux. Un ſi-gne dont on étoit convenu nous raſſembla auffi-tt,& nous attendimes cestrois hommes, qui marchoient à grands pas pour nous joindre. Dès qu'ilsſe furent approchés, nous reconnmes, aux pipes dont ils ſe ſervoient,qu'ils avoient quelque commerce avec les Européens. La difficulté de part& d'autre, fut d'abord à nous faire entendre. IIs nous faiſoient des ſignesde leurs mains, en élevant ſix doigts,& criant de toutes leurs forces, Hol-landa, Hollanda. Quelques-uns de nos Siamois les prirent pour des Emiſſai-res de ceux que nous avions déjà rencontrés,& qui nous cherchoient peut-etre pour nous maſſacrer. D'autres croyoient entendre, par leurs ſignes,
ue le Cap de Bonne-Eſpérance n'étoit éloigné que de ſix journées. Aprèsun peu de délibération, nous nous déterminâmes à ſuivre ces Cuides, dansquelque lieu qu'ils vouluſſent nous mener, par la ſeule raiſon qu'il ne pou-voit nous arriver rien de pire que ce que nous avions déjà fouffert,& quela mort même étoit le remêde de tant de malheurs qui nous rendoient la vieinſupportable. Cependant, nous ceſſames bien-tôt de prendre ces Hotten-tots pour des Eſpions, en reconnoiſſant qu'ils n'étoient pas ſi ſimples queles premiers,& qu'ils avoient quelque liaiſon avec les Européens. Ils a-voient apporté un quartier de mouton, que la faim nous obligea de leur de-mander. IIs nous firent connoftre que nous l'obtiendrions pour de'argent;& jugeant par nos fignes que nous men avions pas, ils nous témoignéerentqu’ ils accepteroient nos boutons, qui étoient d'or& d'argent. je ljeur endonnai fix d'or: ils mabandonnéerent auffi-tot le quartier de mouton, queje fis griller,& que je partageai enſuite avec mes Compagnons.
CEs Guides inconnus nous preſſoient fort de les ſuivre. Ils marchoientquelque-tems devant nous;& nôtre lenteur paroiſſant leur cauſer de l'impa-tience, ils revenoient à nous pour nous exciter. Nous avions quitté l'étangvers midi. Ils nous menêrent camper au pied d'une hauteur. Le cheminavoit été fort rude. De quinze que nous étions encore, ſept ſe trouvêrentſi accablés de miſere& de fatigue, que le lendemain, lorſqu'il fallut partir,il leur fut impoſſible de faire ufage de leurs jambes. Nous tinmes 1
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OccuuCHAMNAM.1686.Motifs quiles obligentde quitter
l'Iſle.
Rencontrede trois Hot-tentots.
Ce qu'oncroit enten-dre par leursſignes.
Secours queles Siamoistirent d'eux,