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Tome douzième.
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Oſtentationde M. Con-

ſtance.

Idoles deplatre qu'ilfait paſſerpour éêtre d'omaſſif.

Il Spuiſe IRoyaumepour fairedes préſensmagnifiques.

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120 VOYAGES DANS L E

ſons dites de part& d'autre, il déclara enfin, que le Roi vouloit abſolu-ment retenir le Chevalier en ôtage.

CE diſcours étonna M. de Chaumont, qui ne voyant plus de jour au dé-part de l'Auteur, concerta avec M. Conſtance& l'Abbé de Choiſy, lesmovens de le faire conſentir aux intentions du Monarque. En vain lui pro-mit-on de le faire Grand Amiral, Géensral des Armées du Roi,& Gouverneurdæ Bancok, il connoiſſoit trop bien la miſéère de ce Royaume pour ſe laiſſerperſuader d'y reſter, ſi M. de Chaumont ne le lui avoit ordonné de la partdu Roi de France. Quatre jours aprêès, le Comte de Forbin fut inſtaléAmiral& Général des Armées du Roi de Siam,& il regut, en préſence deAmbaſſadeur, les marques de ſa nouvelle dignité, conſiſtant en un ſabre& une veſte à la mode du Pays.

TàANDIS que M. Conſtance faiſoit jouér tous ces reſſorts pour retenirAuteur à Siam, il n'oublioit rien de tout ce qui pouvoit donner aux Fran-gois une grande idée du Royaume. C'étoit des fêtes continuélles, or-données avec tout Pappareil imaginable. II eht ſoin d'étaler à PAm-baſſfadeur& à ceux de ſa ſuite, toutes les richeſſes du Tréſor royal,qui étoient en effet dignes d'un grand Monarque,& capables d'en impo-ſer; mais il n'eüt garde de leur dire que cet amas d'or, d argent& de pier-reries étoit ouvrage d'une longue fuite de Rois, qui avoient concourru àTaugmenter; uſage étant à Siam, que les Rois ne s'illuſtrent qu'autantqu'ils augmentent conſidérablement ce Tréeſor, ſans qu'’il leur ſoit jamaispermis d'y toucher, quelque beſoin qu'ils en puiſſent avoir d'ailleurs.

CoxnsTrANcCE leur fit viſiter enſuite les plus belles Pagodes de la Ville,qui ſont remplies de ſtatues de platre, mais dorées avec tant d'art qu'onles prendroit pour de l'or. Le Miniſtre ne manqua pas de faire entendrequ'elles étoient toutes d'or, ce qui fut cru d'autant plus facilement, qu'onne pouvoit les approcher qu'à une certaine diſtance. Parmi ces ſtatues, ilv en avoit une de hauteur coloſſale, de quinze à ſeize pieds, qu'on avoitfait paſſer pour être de même méetal que les autres. Le Pêre Tachard&Abbé de Choiſy y avoient été trompés,& ils ont ſi peu douré du fait,qu'ils Pont rapporté dans leurs Relations(). Quelque-tems apréès leur dé-part, un accident imprévũ mit au jour l'impoſture de M. Conſtance. LaChapelle où cette grande ſtatue étoit renfermée s'écroulant tout·à·coup, bri-ſa le coloſſe doré, qui ſe trouva n'etre que de platre. L Auteur dit qu'il neput s'empécher de faire ſur ce ſujet quelque raillerie au Miniſtre, qui luitémoigna n'y pas prendre plaiſir.

LEs préſens deſtinés au Roi& à la Cour de France, pouvant contri-buer au deſſein que M. Conſtance ſe propoſoit, il épuiſa le Royaume pourles rendre en effet três- magnifiques. On peut dire dans l'exacte vérité,qu'il porta les choſes à Pexcès,& que non content d'avoir ramaſſé tout cequ'il put trouver à Siam, il avoit envoyé à la Chine& au Japon pour enfaire venir tout ce qu'il y avoit de plus rare& de plus curieux. Enfin pourne rien laiſſer en arrieére, il n'y et pas juſqu'aux ſimples Matelots, quine ſe reſſentiſſent de ſes largeſſes. Voila comment PAmbaſſadeur& tous

les

(g) Voyez ci deſſus, pag. 21.