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Tome douzième.
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ROYAUMEDE SIA M, Lrv. II. 127

qu'il auroit porté ſes plaintes ſi on lui en et donné ſujet; mais que bienloin de-là, il ne doutoit pas que cet Officier ne rendit témoignage à ſoninnocence,& à p'attention qu'il avoit à ne rien faire dont la Nation Fran-goiſe püt s'offenſer.

Au ſortir du Palais, Conſtance alla trouver le Comte de Forbin, pourle prévenir en ſa faveur,& lui demander ſes bons offices. II lui infinuaque le Marchand dont il s'agiſſoit, quoique Frangois d'origine, avoit étécontraint de ſortir du Royaume à cauſe de la Religion,& que s'étant en-gagé depuis au ſervice des Anglois, c'étoit à tort que le Facteur prenoitſous ſa protection un homme qui avoit doublement renoncé aux privilè-ges de ſa naiſſance. Durant cet entretien, l' Auteur fut appellé à la Cour,o0ù tout le Conſeil attendoit, dans le plus profond ſilence, le dénouément decette affaire. II n'y avoit aucun des Mandarins qui ne ſouhaitàt la pertedu Miniſtre, que la plùpart regardoient déja comme inévitable, parce qu'ilsLimaginoient que le Comte de Forbin, en qualité de Frangois, ne pourroitſe diſpenſer d'appuyer fortement les plaintes de ſes Compatriotes. Lévé-nement trompa leur attente,& l'Auceur fit ſi bien valoir les raiſons de M.Conſtance, que ſon témoignage le juſtifia pleinement dans l'eſprit du Roi,qui lui en marqua ſa ſatisfaction dans les termes les plus gracieux. Cepen-dant pour adoucir le Facteur, il 6toit néceffaire de faire Sefler les griefs duMarchand;&'Auteur obtint tout ce qu'il voulut de M. Conſtance, quidans les premiers tranſports de ſa joye X de ſa reconnoiſſance, l'embrafſamille& mille fois, T'aſfurant qu'il n'oublieroit jamais le ſervice ſignalé qu'ilvenoit de lui rendre.

CEr fut pourtant ce même ſervice qui fut une des principales cauſes de toutle mal que Conſtance s'efforça de faire à l' Auteur dans la fuite. Son na-turel jaloux& ſoupgonneux lui avoit d'abord fait voir avec quelque pei-ne les bontés du Roi à l'égard de cet Officier, qui s'expliquoit avec autantde franchiſe que le Prince avoit de plaiſir à l'entendre. Cependant toutecette faveur ne Pavoit encore que peu allarmé. Mais lorſqu'il vit que pourle tirer lui- même d'un três-mauvais pas, Forbin n'avoit eü qu'à parler, ilcommenga à le craindre tout de bon,& faifant réflexion qu'il pourroit bienlui etre un jour auſſi facile de le perdre qu'il lui avoit été aiſé de le ſauver, ilſongea ſérieuſement à traverſer ſa fortune à quelque prix que ce fut.

IL eut bien-tôt lieu de ſe confirmer dans ſa réſolution, par une nouvel-le grace dont le Roi honora le Chevalier, en l'élevant à la dignité d'OpraJac di ſon Craam(¼), qui revient à-peu-prês à celle de Maréchal de Fran-ce. En méeme-tems le Roi fixa le jour de ſa réception,& ordonna à M.Conſtance de faire enſorte que tout fut prét pour cette cérémonie. Onne fera peut-gtre pas faché d'en trouver ici les principales circonſtances.Les Mandarins étant venus prendre P'Auteur, le conduiſirent dans Pen-ceinte du Palais. A cent pas de la fenêtre ou le Roi étoit, ils ſe proſternè-rent tous à terre, rampant ſur les coudes& les genoux encore une cin-quantaine de pas, précedés de deux Mattres de Cérémonie dans la vnig

attitude.

(&) Ce titre ſignifie une Divinité, qui a toutes les lumieres& toute Fexpérience poura Guerre.

FoRBIE.

16875.

II 2 recoursà l'Auteurqui le tired'embarras.

Ce ſervice neſert qu'à exci-ter la jalouſiedu Miniſtre.

Nouvelledignité à la-quelle Forbineſt ébevé.

Cérémoniede ſon inſta-lation.